LIVRE IV. — CHAPITRE il
« vaillent à l'apaiser; mais que l'armée de Dacie ignore « complètement tout cela ; elle n'est déjà que trop mal (( disposée'. Je t'envoie des présents pour Claude, tu « tâcheras qu'il les accepte gracieusement. Sur toutes « choses, qu'il ne soupçonne jamais que je suis instruit (( de ses atlaques contre moi; il pourrait craindre ma « colère et se porter par suite à quelque extrémité mal- « heureuse-. » Claude depuis lors n'avait fait qu'ajouter aux frayeurs de Gallien. Tout récemment encore, il venait de s'élever au plus haut point de réputation militaire par la délaite et l'expulsion des Goths qui avaient fait irruption sur la Thrace; le sénat, au milieu d'acclamations plus vives que de coutume, lui avait décerné une statue et l'avait même recommandé spontanément, comme consul, au choix de l'Empereur, qui trouva que c'était le lui imposera Aussi, quand le favori du sénat se présenta devant Milan pour secourir Gallien, celui-ci n'eut rien de plus à cœur que de l'éloigner. Claude parut accepter, comme une marque honorable de coniiance, la garde de Pavie et de la ligne du Pô : il partit, mais en laissant derrière lui, dans le camp impérial, des amis ardents et de vives sympathies. Son système d'ailleurs avait toujours été de faire agir, plutôt que d'agir lui-même.
Tels étaient les hommes qui approchaient Gallien et les intrigues qui s'entre-croisaient autour de lui, à son
1. Quaeso igitur, mi Venuste, si mihi fidem exhibes, ut cnm facias a Grato et Hcreiiniano placari, nesrientibus hoc militibiis Dacisiaiiis, qui juin sœviimt, ne graviter ferant. Epist. Gallien., ap. Treb. Poil., Claud., p. 208.
2. Curandum praeterea est ne me hoc scirc intelligat, ac sibi succensere judicet, et pro necessitate, ultimum consilium capiat. Ibid.
3. Acclamavit senotus : « Claudio statuam omnes dicamus. Claudium « consulem omnes cupimus Trel). Poil., Claud., p. 20S.
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insu, cl l'avaient enveloppé, en tout sens, comme d'un réseau. Quand ses élans d'énergie momentanée le prenaient, le fils de Valérien se montrait brave, hardi; et il comptait personnellement autant de coups de main heureux que la plupart de ses officiers; mais son activité se détendait après la lutte. Manquant de suite et de réflexion pour étudier les hommes, deviner et déjouer les trames, prévenir des révoltes que tout le inonde prévoyait, il s'endormait volontiers sur les apparences, et sa paresse le désarmait contre le danger.
Bloqué ainsi dans Milan et à deux doigts de sa perte, Auréolus suivait de l'œil avec anxiété ces manœuvres, dont il savait une partie et soupçonnait l'autre. La parfaite connaissance qu'il avait des hommes et ses instincts d'ambition l'avertissaient assez de l'imminence d'une catastrophe. Pour la hâter, il employa une ruse, dont on se servit plusieurs fois contre des empereurs détestés, et qui, toute grossière qu'elle était, réussit toujours, tant la violence et le nieuilre paraissaient naturels dans cette société où l'on n'avait aucun respect de la vie humaine. Il fit dresser, en simulant l'écriture de Gallien, une liste de personnes contre lesquelles celui-ci était censé méditer quelque vengeance, et il cul soin d'v coin[)rendr(' les principaux généraux, coupa Ides ou non de menées ambitieuses. Un de ses aitidés porta cette liste au camp impérial, et l'égara de manière à la l'aire tomber dans des mains intéressées ^ Il en r('sulta cequ" Auréolus avait prévu : les chefs les plus menacés se concertèrent, et on résolut de frapper le coup dès le soir même.
1. Qaippe Auréolus, ul)i solveiuli obsidii speui inancni vidct, ducum Gallieiii tribunoruinque iiomiiia, quitsi destinata ab eo ad neccm, asUi composLiit, litlerasque e miiro, quam occultissinie poUiit, abjecit. Anr. Vict., C.Ts., n.