LIVRE IV. — CHAPITRE II
Ils tinrent parole, quanta ce qui les regardait, fermèrent leurs portes et arborèrent les images du César d'Italie. Mais ils s'étaient trop hâtés : Claude n'était point en mesure d'envoyer des forces au delà des Alpes ; il évita même, avec sa prudence habituelle, de prendre aucun engagement positif, et la ville d'Autun se vit abandonnée sans secours aux conséquences de sa démarche. Elles furent graves : assiégée par les troupes du Rhin, cette grande cité sut résister sept mois, attendant toujours que Claude se décidât à entreprendi-e la guerre, et attendant en vain. Après avoir épuisé toutes ses ressources et souffert toutes les extrémités de la famine, elle subit encore les horreurs d'un sac. Dans l'impossibilité de résister davantage \ elle ouvrit ses portes à Tétricus; mais les soldats la traitèrent dans toute la rigueur de la guerre, et les traces du fer et de la flamme restèrent longtemps empreintes, comme une leçon vivante, sur ses édifices et sur ses murailles ^
Le malheur des habitants d'Autun ne se borna pas au ravage de leur ville-, beaucoup d'entre eux, et les plus notables, furent frappés de la confiscation, de l'exil, et plusieurs de la peine capitale. Dans le nombre fut un noble et riche citoyen, nommé Arborius\ qui, après avoir vu ses biens séquestrés, ne se sauva lui-même que par la fuite, et alla se cacher à Tarbes, au pied des Pyrénées, tout prêt à gagner de là, s'il en était besoin, les
1. Exspectantes ejus (Claudii) auxilium, septem mensibus clausi et omnia inopiie niiseraiida perpcssi, tum dt^mum irrumpendas rebellibus Gallicanis portas reliquerunt, quiiin fossi observare non possent. Eumen., Panegyr. Constantin., 4.
'2. Id., ibid.
■5. Arborium, ieduico ductum de stemraaie nomen.
Complexum mullas nobilitate dotnus...
Auson., Parent., n .
;î80 IIISTOIHK DK L\ (iALLE.
retraites inaccessibles des montagnes. Mais, le danger passé, Tarbes sut le lelenir encore. Cette ville « à travers « laquelle, dit Ausone, l'Adour se creuse un lit, et qui « enlend mugir dans le loinlain un océan lonjoiirs ir- (I rite, » avait oll'ert au condamné édiien des attraits plus doux que ceux même de son hospitalité et que la beauté de ses fraîcbes collines. Arboriiis y avait rencontré une consolatrice, dans une jeune fille pauvre, mais (Tun grand mérite et d'un grand dévouement, /Emilia, qui l'aida à poi'ter le poids de la proscription, et devint son épouse^ C'est à ce mariage que la Gaule dut Ausonius, médecin célèbre, qui alla s'établir à Bordeaux, et qui eut pour lîls le poète beaucoup plus célèbre, dont nous venons de citer les vers.
Au milieu de ces complications, Victoria mourut suintement. Sa fin rapide et imprévue donna lieu à bien des soupçons, à bien des bruits qui n'épargnèrent pas Tétricus lui-même-, impatient, disait-on, de n'gner sans tutelle. Jamais pourtant ni l'empereur, ni l'empire gaulois n'avaient eu plus grand besoin de la main qui lesavaitsi puissamment soutenus; et ce besoin était trop clair à tous les yeux pour qu'on pût accuser sérieuse-
'!• NaiiKjue avus et gGiiitor
Prûscripti , regnum quum Victoriiius liaheiet
Victor, et iii Tetiicos recidit imperium. Tum profugutn iii terris per quas erumpit Aturrus,
Tarbellique furor perstrepit Oceani, Grassantis dudum forluiice lela pavcntem
Pauperis ^miliie conditio implicuit.
Mox tonuis multo quaesita pecunia nisu Solamen fesso, non et opes tribuit.
Auson., Parent., iv.
2. Nam Tetrico imperante, ut plerique loquuntur, occisa; ut alii asseruiit, fatali necessitate consumpta. Treb. Poil.,. Trig. tyran.; p. 200. — Tillcm., Hist. des Emp., t. UI, p. 2(18.
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ment Tétiicus. On eût cru que les funérailles de cette femme étaient celles de l'empire transalpin et le signal de nouvelles catastrophes, tant il y eut de regrets et d'anxiété d'un bout à l'autre des trois provinces. Le sénat gaulois décréta son apothéose que l'Empereur célébra, probablement à Trêves, où elle paraît avoir passé la plus grande partie de sa vie. Ce fut une semaine de deuil et de culte religieux mêlé d'admiration et de reconnaissance, que celle où, suivant le cérémonial des apothéoses, l'image de Victoria couchée sur un lit d'ivoire couvert d'un tapis de drap d'or ^ fut visitée successivement par le sénat et les magistrats, par les matrones, les citoyens de tout rang, et cette armée rhénane dont elle avait été réellement la mère'. Portée ensuite, au milieu de l'encens et des parfums, sur un bûcher de bois odorant, elle y fut brûlée avec tous les signes d'une douleur qui, celte fois du moins, dut êlre véritable. Le souvenir de la cérémonie nous a été conservé par une médaille qui représente d'un côté la têle de l'héroïne gauloise portant un casque comme Minerve, et de l'autre un aigle éployé s' élançant au ciel, l'œil fixé sur la lumière. Le paon, oiseau de Junon, était un symbole fort en usage dans les apothéoses des femmes : ici on préféra l'aigle, comme mieux appliqué à un génie tout viril et à une vie toute guerrière. Au revers, on grava la formule ordinaire Con-
1. Ceream imaginem, defiincto qiiam simillimam, fingunt, eamque in rcgire vestibnlo propomint, supra eburneum lectiini maximum atque sublimem, vestibus instratum aureis. Et quidem imago illa ad spgrnti spcciem pailida recumbit. Herodian,, Anton, et Get., iv, 87.
2. Circa lectum vc-ro ntrinsque magnam partem diei scdent, a lœva quidem, senatus omnis vestil)iii5 atris amictus, a dextera \ero niatronse qnas virorum aut parentiim dignitas honcstat barumque niilla vol aurum gestans, vel ornata monilibus conspicitur, sod vestibus albis exilibus iiiduta», m'nrcntiiim speciem pin^bent. Ib.Todian., Id., ibid.