‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 315 sur 353 · LIVRE V.— CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V.— CHAPITRE I

sol transalpin'. Toutes les nations d'outre-Rliin semblaient s'être donné rendez-vous à ce sac des Gaules. Probus combattit en personne contre les bideuses tribus lygiennes qui se noircissaient le visage et le corps, s'armaient de boucliers noirs, et cboisissaient, pour surprendre leur ennemi, l'obscurité des nuits les plus sombres^. Il eut affaire aussi aux Vandales et aux Burgundes, tandis que ses généraux se mesuraient avec les Franks^. Après avoir délivré le territoire cisrhénan, Probus transporta la guerre au delà du fleuve : et il traita les villages des Germains comme ceux-ci avaient traité les villes romaines*.

La Germanie courba la tête sous ces terribles représailles ; neuf rois vinrent se rendre à merci, s'engageant à restituer tout ce que leurs peuples possédaient du butin de la Gaule, à payer un tribut annuel en blé, en brebis, en bœufs, et à fournir un contingent de seize mille guerriers. Le vainqueur eut un instant l'idée de désarmer le pays^; mais il eût fallu l'occuper militairement, et l'Empire manquait de soldats. Les seize mille Germains furent disséminés dans les légions par petits corps de cinquante ou soixante hommes, suivant ce

1. Quadringenta millia hostium CiPsa. Vopisc, Tacit., p. 239.

2. Zosim., I, 36, 37. — Cf. Tac, Germ., et ci-dessns, livre ii, ch. 1.

3. Quippe quod exercitu» ainho lluminls utramqiic ripam occupassent, Barbares in adversa ripa metatos ad pugnam Romani provocabant. Hac illi re quasi periracnndiam perciti,qaotquotsanepoterant transjiciebant: signisquo coUatis... Zosim , i, 37.

4. Tantum bis pn^dre barbarie» tulit, quantum ipsi Romanis abstulerant. Vopisc, Prob., 238.

5. Dicitur jussisse bis acrius, ut gladiis non uterentur, romanam f!\pectaturi defensionem, si essent ab aliquibus vindicandi. Sed visnni est. id non posse fieri, nisi fîoret Germania tota provincia. Id., ibid.

principe de Probus, qu'on devait sentir les Barbares auxiliaires de Rome et non pas les voir^ Il employa à coloniser des portions du territoire romain dégarnies d'habitants l'immense quantih' de prisonniers ramassés dans cette guerre : des Vandales allèrent repeupler quelques points des côtes orientales de la Bretagne-, et des Franks furent transplan lés sur les bords de la mer Noire, dans la province du Pont^. Ces arrangements pris, l'Empereur écrivit en ces termes au sénat: « Je bénis (i les dieux immortels d'avoir confirmé. Pères Cons- (( cripts, vos jugements sur moi. La Germanie entière (( est soumise, neuf rois sont venus se jeter à mes pieds, (( ou plutôt aux vôtres*. Les Barbares labourent, sèment, (c combattent déjà pour vous ; leurs bœufs fécondent (( vos terres, leurs brebis couvrent vos pâturages, leurs (( haras remontent vos cavaliers, et vos greniers regor- (( gent de leurs blés. Que vous dirai-je de plus? Ils « n'ont gardé que leur sol, le reste est à nous. Toutes « les cités de la Gaule m'ont offert des couronnes d'or « que j'ai dédiées à votre clémence, afin que vous- (( mêmes. Pères Gonscripts, vous en fassiez hommage (c au grand Jupiter^ »

Cette première année d'une vie d'empereur romain digne de ce nom fut suivie d'une seconde, puis d'une

1. Dicens sentiendum esse, non videndum, qiuim auxiliaribus barbaris Romanusjuvatur. Vopisc, Prob., p. '239.

2. Zosim., I, 37. — Tillem., Hist. des Emper., t. III, p. 506.

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