LIVRE V. — CHAPITRE I
être plus étrangers que beaucoup d'autres aux habitudes du service militaire, Probus citait à ses légions l'exemple d'Annibal qui avait rendu à la discipline une armée oisive et à moitié dissoute, en la forçant à planter d'oliviers toute la côte de Carthage. Mais cet exemple ne faisait point taire les murmures; et Probus, courageux jusqu'à l'imprudence, laissa échapper ce mot: « Le sol- H dat ne doit pas manger son pain sans rien faire ^ » On l'accusa encore d'avoir dit : « Si la république devient u aussi heureuse que je le souhaite, elle se passera bien- « tôt de gens de guerre ^ » Ceux-ci n'attendirent pas ce jour dont on les menaçait ; les légions pannoniennes, employées à de vastes travaux de défrichement qu'il faisait exécuter autour de Sirmium, sa patrie, tirèrent l'épée contre lui, un jour qu'il était venu les inspecter. Vainement parvint-il à se réfugier dans une haute tour destinée à faire le guet, et qu'on appelait la Tour de fcr^, probablement parce que le bois qui la composait présentait au dehors un revêtement en plaques de ce métal-, les séditieux l'y assiégèrent et le percèrent de coups. Mais à peine fut-il mort, qu'on le regretta : c'était l'histoire d'Alexandre Sévère, de Gordien, d'Aurélien, de tous les Césars grands ou bons qu'enlevaient les tempêtes subites des camps, et qu'on pleurait dès qu'ils n'étaient plus. Pour prouver la sincérité de ses regrets, l'armée ne voulut pas donnera Probus un autre successeur que celui qu'il eût vraisemblablement choisi lui-
1. Annonam gratuitam militem comedcre non debere. Vopisc, Prob., p. 241.
'2. His addiiiit dictuni ojus grave, si unquam eveniat salutare, reipublicœ brevi milites necessarios non futures. Id., ibid.
3. In turri ferrata. Aur. Vict., Epit., 37; Caes., 37. — Vopisc, ub. supr.
même, si sa fin avait été naturelle et prévue : elle nomma Auguste à sa place M. Aurélius Carus, son préfet du prétoire et le fidèle compagnon de sa vie'.
1. Vopisc, Prob., p. 241. — Aur. Vict., Ca?s., 38; Kpit., 38. Zonar., xn.