‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 328 sur 353 · LIVRE V. — CFIAPITRF. II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CFIAPITRF. II

capacité meiTeilleiise s'unissait en lui à un caractère affable, à une ànie tendre et poétique*, qui se montra constamment bonne, mais n'eut pas le temps de se montrer grande.

Garinus, l'aîné des fils de Carus, venait jeter sur ce tableau une ombre attristante. Il s'en fallait, certes, que les facultés heureuses eussent manqué à ce jeune homme, âgé alors de trente-cinq ans : mais ses vices précoces l'avaient dépravé: il était prodigue, débauclié, cruel, nonchalant, envieux, odieusement vindicatif. On rapporte qu'étant empereur, il fit rechercher, pour les mettre à mort, d'anciens condisciples à qui il ne pouvait reprocher d'autre crime que d'avoir hué jadis ses compositions oratoires sur les bancs de l'école '. Cet homme tombé si bas semblait pourtant se relever sur les champs de bataille ; sa nature y redevenait meilleure et quelquefois noble. Alors il ne le cédait à aucun de ces officiers si distingués que produisaient en si grand nombre l'Ulyrie et la Gaule, et qui auraient sauvé fempire romain, si l'épée soutenait seule les empires qui croulent. Comme fils du préfet du prétoire, Garinus était connu et déjà redouté; on put donc pronostiquer, à coup sûr, qu'il réservait à la république le règne d'un Caracalla et d'un Commode^.

Les trois Gaulois, à peine installés au palais des

poris vicerit : nam et ciim Olympio Nemesiano contendit. Vopisc, Numerian., p. 251.

1. Moratus egregie et vere digiius imperio. Id., ibid. — Adolescrn» bonus facun lus([ue. Aur. Vict., Caes. 39. — Eutrop., i\, 18.

2. Condiscipulis qiioque qui i?um in auditorio verbi faligatione taxavorunt, perniciosus fuit. Aur. Vict., Epit., 38. — Eutrop., ix, 29. — Eunap., ap. Suid. voc. Kapîvo:.

3. Vopisc, Cariu., 2.53 et seqq. — Aur. Vict., Cses., 3"J; Epit., 38. — Eutrop., IX, 20. — Gros., ii, 25.

Césars, durent le quitter et se séparer, car Probus laissait une succession difficile de guerres interrompues par sa seule autorité et de négociations encore pendantes: les Germains n'avaient pas attendu ses funérailles pour reprendre les armes sur toute la limite ; et les Perses trouvèrent bientôt moyen d'infirmer un traité de paix qu'eux-mêmes n'avaient obtenu de lui qu'à force de soumission. Carus choisit pour son lot, dans le rude travail qui se préparait, l'illyrie et l'Orient. 11 eût voulu remettre à son second fils le gouvernement de la Gaule, et garder l'aîné près de lui, pour le surveiller et le contenir ; mais il considéra que Numérien était trop jeune et ne connaissait pas la guerre, tandis que Carinus la faisait bien '. Cette dernière raison dut le décider, et il crut avoir pourvu, autant que possible, aux intérêts de la république, en plaçant près de son mauvais fils un conseil d'hommes capables et honnêtes, et formant l'autre, sous ses yeux, aux choses de l'administration et de la guerre ^

Probus était mort au mois de novembre 282 : dès le printemps de 283, Carus partait pour FlUyrie, accompagné de JNumérien. Il mena la guerre vivement contre les Sarmates et les Germains orientaux ; au mois de juillet, il avait délivré l'illyrie et préparé tout pour passer en Orient. Pendant une courte apparition qu'il fit à Rome, afin d'y célébrer des jeux^ il modifia ses premières dispositions à l'égard de Carinus : content de la

1. Dicitur saepe dixisse se miserum quod Carinum ad Gallias principem mitteiet, neque illasetas esset Numeriani utilli gallicaiium, quod maxime constaiitem principem quserit, crederetur imperium. Vopisc, Carus, p. 250.

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