Tandem aprum fatalem occidi. Id., ibid
qui (.levait eiiipuiler. dans une année, les trois empereurs enfants de la Gaule. Le troisième restait, mais il n"était pas le plus diiiicileà renverser, tant il avait semé de haine autour de lui, en Gaule, en Italie, partout. Par ses prodigalités , sa cruauté, sa dépravation morale, son insouciance pour les affaires publiques et sa haine déclarée contre le sénat, il ne rappelait que trop les plus méchants des Césars. Pour l'aire le mal en pleine liberté, il avait éloigné de sa personne les sages conseillers que lui avait donnés Carus, et, comme du temps de Commode, on vit les dignités de l'État prostituées à des scélérats de la plus vile populace. Les lettres que lui adressait Carus, alors en Orient, restaient sans réponse, et ses réprimandes sans eflet ; et le malheureux père, à chaque nouvelle qu'il recevait de Rome, s'écriait avec amertume: « i\on, non, ce n'est point là mon « fils H » On prétend que, poussé à bout, il résolut de faire mourir ce fils qui le déshonorait, et d'adopter à sa place Constance, commandant de la Dalmatie. Ce bruit, sans doute dénué de fondement, se répandit en tous lieux, avec une promptitude qui pouvait faire honneur à l'habileté du vainqueur de Windisch-. Pourtant les soldats d'Orient n'y crurent pas, et, après la mort de Carus, ils laissèrent sa succession indivise entre ses deux fils, i^laisplus tard, quand il fallut remplacer Numérien, ils ne songèrent pas même au mauvais prince qui gouvernait Rome et l'Occident; son nom ne fut point prononcé dans les débats du conseil armé: et, en élisant
1. Audiebatpater ejusquae ille faceret, etclamabat: « Non est meus. » Vopisc, Garin., p. 253.
2. Statuerai deiiique Gonstantium (qui postea Caesar est factus, tune autem praesidatum Dalmatiae adniinistrabat) in locum ejus subrogare. Id., ibid.
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Dioclétien, on seml)la lui donner pour mission de débarrasser l'Empire de ce monstre.
Mais Carinns n'accepta point l'espèce de destitution, dont l'armée d'Asie venait de le frapper. J'ai déjà dit que cet homme nonchalant et voluptueux retrouvait, dans un moment critique, tous ses talents comme général, et une activité dont on l'eût à peine cru capable *. Ayant fait venir en toute hâte une partie des légions cantonnées en Gaule, et y Joignant celle qui gardait le centre de l'Italie, il parlit pour les ])ords du Danube, où Dioclétien se rendait de son côté, chacun d'eux voulant devancer son rival près de l'armée de Pannonie. Au pied des Alpes orientales, Carinus trouva un nouveau compétiteur, Julianus, gouverneur de la Vénélie, qui tenta de lui barrer le passage : le Gaulois le culbuta dans les plaines de Vérone, et passa outre'. Dioclétien lui-même eut le dessous contre lui dans plusieurs rencontres, et fut enfin vaincu en bataille rangée à Margus, dans la haute Mœsie, entre Viminatiuni et le Monf-d'Or : défaite qu'on attribua à la supériorité numérique de l'armée gallo-italienne, mais qui n'en fut pas moins réelle. Cette victoire ne profita point à Carinus, que ses propres soldats massacrèrent après le combat, et parce qu'ils le haïssaient, et parce que, le point d'honneur qui les avait amene's à sa suite
i. Nec ei tameii defuitad vindicandum sihiniet iniperinm vigor mentis. Vopisr., Carin., p. 2.ji.
2. Hinc Sabinus Julianus, invadeiis iniperium, a Carino in campis Vcronensibus occiditur. Aur. Vict., Epit.,38. — Cf. Eckiiel., Doct. nuni., VII, 521. — Aur. Vict., Cais., 30. — Eutrop., ix, 19. — Vopisque, au contraire (Carinus, p. '254), donne la victoire à Dioclétien; mais c'est une de ces faussetés inspirées par la flatterie, et dont les écrivains des derniers temps de l'histoire Auguste ne donnent que trop d'exemples. — Ultima piigna ad Margum commissa. Vopisc, Carin., 25i. Cf. Casauh. ad hune loc, p. 257; et Salnias., p. 488.
AU IIISI Olli K \)V. LA (;AILF..
se IroLivaiil salisl'ail, ils n'avaient plus aiiciiiic raison do soutenir un si détestable prince '. On lit courir une autre version de sa mort : on raconta <[u'un trihun, dont il avait déshonoré la femme, l'assaillit pendant qu'il poursuivait les fuyards, et le tua'-.
De cette façon, Dioclélien vaincu resta maître de TEmpire. Après tant d'anarchie, tant de souffrances et d'épuisement, après le gouvernement prodigue et oppressif de Garinus, cette nouvelle guerre civile mettait le comble à la misère publique. A peine les légions mandées en Italie par le fils de Carus avaient-elles franchi les Alpes, que la Gaule s'était révoltée. Pressurés par les propriétaires que pressuraient à leur tour les agents du fisc, les paysans avaient quitté par troupes leurs chaumières pour mendier un pain qu'on ne pouvait pas leur donner. Rebutés partout et chassés par les milices des villes, ils se faisaient bandits ou Bagaudes^, mot gaulois équivalent au premier; ils allaient en Bagaiidie\ suivant l'expression consacrée. On vit dans des cantons entiers les colons se l'éunir, tuer et manger leur bétail, et, montés sur leurs chevaux de labour, ai-més de leurs instru-ments de culture, fondre sur les campagnes comme une tempête. Rien n'échappait à ces bandes affamées qui laissaient, après leur passage, stérile et nue la terre que