LIVRE V. — CHAPITRE II
ce forum étincelant d'armes, et à peine avait-il prononcé quelques mots, que les cris de « Dioclétien Auguste M » l'interrompirent de toutes parts. Mais des voix aussi le sommèrent de s'expliquer sur les meurtriers de Numérien. Alors le Dalmate, comme frappé d'une illumination soudaine, tira son épée hors du fourreau, et l'élevant vers le soleil, attesta par serment qu'il n'était point complice du meurtre de son empereur-; que le coupable était là, qu'il le connaissait, qu'il saurait l'immoler à la justice divine. Tandis qu'il parlait, sa main gauche désignait Ardus Aper^ Descendant aussitôt de la tribune et s approchant du préfet du prétoire, il lui dit avec une espèce de solennité : « Aper, console-toi et glorifie-toi, (( tu ne mourras point d'une main vulgaire :
La main du grand Énée aura brisé tes jours*! >>
Et il lui enfonça son épée dans la poitrine jusqu'à la garde. Le soir, il s'expliqua davantage devant ses intimes: « Enfin, leur dit-il, j'ai tué le sanglier fataP.» Aper, en langue latine, signifie sanglier.
Telle fut la seconde péripétie de cette tragédie bizarre
!. Diocletianum omnes divino consensu Augustum appe laverunt. Vopisc, Numerian., p. '251.
'2. Quum, educto gladio, solem intuens, obtestaretur ignarum cladis Xumerianl, neque imperii cupientem se fuisse. Aur. Vict., Cses., 39. — Vopisc, Numerian., 252.
3. Aprum obtestans, addens verbis suis : « Hic est auctor necis <( Numeriani. » Vopisc, ub. supr. — Qui vindex Numeriani justissimus fieret. Id., ibid., p. 251.