LIVRE V.— CHAPITRE IJ
(iermains, que dans l'ouest et le midi, où la sécurité était plus grande. /Elianus et Amandns avaient choisi pour leur place d'armes, dans la Belgique, un château fort situé sur la Marne, un peu au-dessus de son confluent avec la Seine. C'était une position formidable, défendue de trois côtés par un circuit du lit de la rivière \ trèsprofonde en cet endroit et traversée par un seul pont que dominait la forteresse-. Du côté de l'occident, où le château attenait à la terre, une haute muraille le flanquait, ainsi qu'un grand fossé où Ton avait amené un bras de la Marne, de façon que les eaux l'enfermaient en tous sens comme une petite île\ On attribuait sa fondation au premier des Césars, pendant la conquête des Gaules; mais les paysans révoltés, qui s'en étaient fait un repaire, effacèrent bientôt tout autre souvenir antérieur, et lui laissèrent leur nom. Quand la guerre Peut détruit, on contempla longtemps encore, avec un étonnement mêlé de terreur, les ruines gigantesques, les larges pierres carrées, les immenses fossés de ce qu'on appelait, et de ce qu'on continua d'appeler, pendant bien des siècles, le château des Bagaudes'. De ce centre de leurs opérations vers le nord, iEIianus et Amandus diri-
i. A parte siquidem orientis, meridiei et septentrionis ita illud idem fluvius circuit, ut ciinctis illic commanentibus pro muro liabeatur. Vit. S. Baboleni, ap. Script, rer. gallic. T. III. p. 569.
2. Firmitas vero fluvii... ut nec vadum nec transit uni habcat nisi jiivaniine pontis, aut reniigio navis. Ibid.
3. Ad occidentis vero partem, qua Parisius respicit iirbem, antiquis paganorum, de quibus jani diximus, operibus ex petrosa teri'a «dificatus exstat murus firmissimus cum altitudine magnorum fossatuum, qui ab aqua in aquam, id est a parte meridiei usque ad septentrionis plagam, protendi videtur. Ub. supr.
i. Bagaudarum castrum... usque hodie eteiiini invcniuntur lapides magni optimo opère roiiano qnadrati, (|ui in lund:unent'i ii)sius todificii
438 lilSTOir.E \)E LA fiAULK.
goaiont des courses le long de la Seine, de la Marne et de l'Oise, et revenaient mettre leur butin à couvert dans celte citadelle que les milices du pays regardaient sans doute comme imprenable.
Les deux Césars, demi-larrons, demi-chefs de parti, avaient réussi à discipliner leurs bandes assez bien pour tenir la campagne, non-seulement contre les milices urbaines, mais contre les troupes réglées, quand cellesci, occupées à repousser de nouvelles incursions germaniques, pouvaient quitter la frontière pour se mesurer avec eux. Ils en vinrent donc à rançonner les villes, dont ils pillèrent un grand nombre, et, leur audace croissant avec le succès, ils tentèrent des sièges'. Autun ne sut pas garantir ses j-empaiis déjà forcés par Tétricus. Des bandes féroces, au nom de la Bagaudie, se précipitèrent, la flamme à la main, dans la ville de Divitiac, dans les murs de la plus vieille alliée , do la sœur du peuple romain-. Rien n'y fut laissé debout, ni cette multitude de temples et de palais dont plusieurs remontaient à Jules César et à Auguste, et auxquels presque tous les empereurs s'étaient fait une gloire de contribuer ; ni les fontaines et les bains \ ni les écoles construites par Maenius, siège des lettres et des arts au nord de la Gaule, et elles-mêmes chefs-d'œuvre d'architecture*. Les mai-
tunc temporis fuerunt positi. Vit. S. Baboleni, ap. Script, rer. gallic, t. III, p. 560. — Ce fut plus tard l'abbaye de Saint-Maur-les-Fossés.
1. Populatis late agris, plerasquc urbium tentare. Aur. Vict., Caes., 39.
2. Civitatem istam tunr demum gravissima clade perculsam, qaum latrocinio bagaudicae rebellionis obsessa , auxiliam romani principis irrogaret... Eumen., Orat. pro restaurand. schol., 4.
3. Lavacris quœ corruerant exstrueiidis. Id., Gratiar. actio, 4.
4. Maîiiianse illae scholse, quondam pulcherrimo opère et studiorum