LIVRE V. — CHAPITRE II
avec une sorte d'anxiété prophétique : « Qu'y a-t-il ce d'aussi difficile que de gouverner'? )>
Ce qui l'avait frappé par-dessus toute chose, c'était l'insuffisance d'un honinie, quel qu'il fût, devant des besoins si grands et si mullipliés; f impossibilité qu'un seul regard pénétrât partout à la fois, que laméine main pût défendre le navire contre l'ennemi, et le diriger avec sang-froid et calcul au milieu des courants. Cette dernière tâche, il se la réservait comme la moins aisée et la moins convoitée tout ensemble, car le mérite militaire et la bravoure ne manquaient point à ce siècle des généraux habiles, c'était l'esprit de gouvernement et le génie politique qui lui faisaient défaut.
Dioclétien voulait donc s'adjoindre un collègue dans la force de l'âge, éprouvé par de longs services aux armées, et sur qui il pût se reposer des soins de la guerre. Il voulait trouver dans ce collègue une amitié solide, inaccessible aux vanités jalouses, et qui lui donnât encore pleine sécurité dans leurs relations mutuelles. Ces rares qualités, il crut les avoir rencontrées dans un de ses anciens compagnons d'armes, M. Aurélius Maximianus; et il ne se trompa point. Né aux environs de Sirmium, d'une famille de pauvres journaliers, Maximien n'avait guère changé dans les camps ses premières habitudes : c'était un demi-sauvage'\ rustique dans ses manières, brutal, violent, et assez ignorant pour ne pas l)ien savoir ce que c'était que les Scipions^ mais fidèle, plein de sens et de cœur, bon général, et toujours maître du
1. Mhil est diflicilius quam iniperare. Vopisc, Aurelian., p. 233.
'2. Maximiunum fidum amicitia, quamquani semiagrestem , militia3 tanieii atquc iugenio bonum. Aur. Vict., Cœs., 39.
3. C'est ce qui semble résulter d'un passage du panégyrique de Claude Mamertin (Panegyr. Maximiano Aug. dictus, 8).
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soldat, parce qu'il ('l;iil lui-uK-ine soldat consommé. Devenu le collègue de son prolecteur, Maximien ne cessa point de l'aimer d'une afïeclion à la fois dévouée et intelligente, qui savait comprendre et respecter la distance mise par le génie entre eux deux, entre le bras et la tète de l'Empire.
Tels étaient les deux hommes qui devaient relever la Gaule de sa ruine : Dioctétien en lui assignant, dans une nouvelle organisation du monde romain , la place ([ue rc'clamaient ses besoins, son importance et sa situation géographique, c'est-à-dire la première place en Occident; Maximien, en la délivrant du double fléau de la guerre civile et de l'invasion étrangère.
FI\ DU TOME PHEMIEn.