LIVRE I. — CHAPITRE II
détachée du tronc , fut envoyée par lui à Rome . avec ces mots écrits de sa main : « Voyez tous comment je « traite qui m' offense ' ! » Les membres aljandonnés sans sépulture servirent de pâture aux chiens et aux oiseaux -.
La femme et les enfants d'Albinus reçurent d'abord leur pardon, puis, par un redoublement de cruauté. Sévère les fit tuer et jeter dans le Rhône ^. Les révélations que lui fournissaient les papiers de son malheureux rival semblaient aigrir de plus en plus cette nature superl)e et irritable. Il mit à mort tous les sénateurs pris les armes à la main, ainsi qu'un grand nombre de notables gaulois et espagnols * qu'Albinus avait réunis près de lui à Lyon. Un de ces hommes, que la force des choses, plus que sa volonté, avait engagé dans le parti vaincu, suppliait l'empereur de l'épargner, et, après avoir épuisé tous les arguments capables de le fléchir, il lui adressait ces touchantes pai'oles : « Si le sort des « armes t'eût été contraire, ô César, que souhaiterais-tu « maintenant du vaincjueur? que ferais-tu, dans l'état « où tu me vois réduit? » — « Je me résignerais à souf- <( frir ce qu'il faut que tu souffres, » répondit celui-ci avec un sang-froid barbare, et il lui fit trancher la tête^
1. In ima epistola, qua de sua Victoria populum edocebat, hoc quoquo adscripsit : ideo se caput illud publiée in patibulo spectandum niisissc, uti exemplum caperent, quid item ipsispatiendum foret. Herodian., m, 71.
2. Jacuisse corpus per dics plurimos dicitur usque ad fœtorem, laniatumque a canibus. J. Capitol., Albin., 82.
3. Quibus primum vcniam dédit, postea vero eos percussit, et in profluentem abjici jussit. J. Capitol. , Albin., 82. — Spartian., Sever., 68.
4. Tum Hispanonim et Gallorum proceres multi occisi sunt. Spartian., Sever., 68.
5. Quid tu facturus es?... Non moUitus tam prudente dicte eum in-
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Ces atroces représailles, Sévère les excusait sur la nécessité d'un exemple; il Aoulait, assurait-il, être cruel un seul jour, afin de pouvoir être doux le reste de sa vie ' ; mais s'il le croyait, il s'abusait grandement luimême. Il y avait dans les exécutions du Sijlla punique^, comme on commençait alors à l'appeler, autre chose que de froides combinaisons de système ; l'emportement y tenait une grande place; ses vengeances étaient filles de l'orgueil blessé. L'armée d'Albinus et les populations gauloises, irritées de ses barbaries, continuèrent à tenir la campagne, préférant une guerre sans quartier à une paix sans miséricorde ^ Mais la fortune n'abandonna plus Sévère; victorieux dans tous les combats qu'il eut encore à livrer, il faisait marcher de front les exécutions, les confiscations et les contributions militaires sur le terriloiie gaulois, en Bretagne et jusqu'en Espagne'*. Enfin la (laule épuisée mit bas les ai'ines. Sévère y prit diverses mesures destinées à la maintenir dans l'obéissance: il changea aussi le mode d'administration de fîle de Bretagne, qu'il divisa en deux gouvernements distincts, afin d'abolir le pouvoir immense dont jouissait le préfet unique qui l'avait gouvernée jusqu'alors ^; puis il
interfici jussit. Spartian. , Sever., 70. — Quid, quœso, faceres, si tu esses? nie respondit : Ea pei'ferrem, quse tu. Aur. Vict. , Csesar., 20.
i. At iste delendarum cupidus factionuni, qiio deinceps mitius ageret... Aur. Vict., Csesar., 20.
2. Ab aliis Syllse punici, ab aliis Marii nomen accopit. Spartian., Niger, 76.