‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 64 sur 353 · LIVRE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III

l'ancienne armée (rAll)iniis, mal surveillées par des chefs que l'attention du prince ne stimulait pas, les légions rhénanes étaient tombées dans le relâchement le plus alarmant. Aucun règlement n'était plus respecté dans leurs camps; plus d'obéissance, plus de subordination entre les grades, et la complicité des officiers entretenait et aggravait le désordre. L'Euîpereur. irrité, écrivit à son lieutenant dans les Germanies, Rogonius Celsus, pour se plaindre et l'engager à plus de vigilance. Cette lettre. que nous possédons, est une curieuse révélation des combats auxquels l'àme de Sévère était souvent en proie. On y voit la conscience du vieux soldat s'y soulever, en quelque sorte, contre les concessions corruptrices arrachées au prince par l'ambition. Lui, si fier autrefois de sa réputation de rudesse, qui l'avait fait appeler r Empereur de son noni^, il n'ose plus se citer; c'est son ancien rival, son ennemi, Pescennius Niger, qu'il donne en exemple à ses généraux, dont il vante, à ses propres dépens, la fermeté digne des grands capitaines de Rome. «Quelle misère, écrit-il, que nous (i ne puissions pas égaler, dans le maintien de la dise - « pline, celui que nous avons vaincu M Tes soldats ne « font que vaguer; les tribuns prennent ti-anquillement <( le bain à midi; ils font de leurs réfectoires des ta- « vernes, de leurs chambres à coucher des lieux de dé- « bauche. Ils chantent, ils dansent, ils boivent, et boire « sans mesure est la seule mesure qu'ils mettent aux « festins'. Eh! verrait-on tout cela s'il survivait en nous

1. Imperator vere nominis sui, verc Perîinax, vere Sfiveriis. Spartian., Sever., G9.

2. Miseruni est ut ejus disciplinam militarem imitari iioi! possiaius, qucm bcllo vicimus. Spart., Nigor, 'h.

3. Milites tni viigantur; tribuni mcdio die lavant; pro tricliniis po-

1'2 IIISTOIIIK 1)K LA GAULE.

(( le jnoindre gej'iiie do la discipliiie do nos pères? Cor- (( rig(^ donc d'aboi'd tes (ribnns, puis tes soldats, dont tu (( ne le foras jamais craindre, si toi-même tu les re- (( donlos. Mais apprends encore do Nigoi' que le soldai « iK^ craint que des chefs irre'prochables'. »

Il était temps do réprimer cette licence, car d'un côté quelques signes précurseurs annonçaient à Sévère une guerre prochaine avec les Germains, et, de l'autre, une irruption des Méates et des Calédoniens mettait en danger l'île de Bretagne. Plusieurs fois battues par les armées impériales, les tribus hretonnes avaient pris une lerrible revanche; foi'çant, avec leurs gueriiers réunis, toutes les lignes do défense, elles promenaient le fer et le feu jusqu'au cœur do la province. Les riches établissements l'omains, colonies, municipos, villes alliées, n'essayèrent pas même de résister : tout fuyait k l'approche de ces sauvages nus, au corps tatoué ot peint, qui portaient pour parure, bien digne du reste, une ceinture et un collier de fer-, pour armes une épéo longue et pesante et un court javelot, garni d'un grelot do cuivre à son extrémité supérieure. On eût dit que la haine de la civilisation les animait dans leurs ravages, plus encore que la soif du butin. Les gouverneurs de l'île, atteints eux-mêmes par la frayeur généiale, écrivaient à l'Empereur lettre sur lettre pour obtenir des renforts; ils faisaient entendre que la présence même du souverain

piiicas habent, pro cubiculis meritorUi; saltant, Libuiit, cantant, et mensuris conviviorum vacant quum sine mensura potent. Spartian., Niger, 75.

i. Sed scias id de iNigro, militem timerc non posse, nisi integri fuerint tribuni et duces militum. Id., ibid.

2. Neque enim vestis usum cognorunt, sed ventrem atque cerviceni ferro incingunt : ornamentum id esse, ac divitiarum argumentumexistimantes, perinde ut aurum cetcri barbari. Herodien., ni, 83.

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