LIVRE I. — CHAPITRE III
était désirable, si l'on voulait rassurer promptement les populations, et rendre au soldat toute sa confiance ^
Ce dernier conseil plut à Sévère, qu'une inaction de deux années commençait à lasser déjà. Malgré son âge de soixante-deux ans révolus, et en dépit de la goutte qui l'attaquait alors avec un redoublement d'intensité ■\ il se prépara sans hésitation à partir, encore désireux de batailles, encore jaloux de j-enommée, et rêvant des exploits lointains, à l'extrémité de ces terres inconnues, où les anciens plaçaient les bornes du monde ^ D'autres motifs se joignirent à ceux-là pour précipiter son départ. En proie, dans sa famille, à de cuisants chagrins, il espérait y échapper par le mouvement et les préoccupations de la guerre. Ses deux fils, Antonin et Géta, divisés dès le lierceau, lui donnaient le douloureux spectacle d'une haine mutuelle que l'âge aigrissait, et qui déjà ne pouvait plus se contenir. Le malheureux père avait compté que loin des corruptions de Rome, dans la confraternité des canjps, parla communauté des périls même, il pourrait agir sur ces esprits, et rapprocher deux cœurs où la voix du sang avait tant de peine à se faire écoutera 11 partit donc au printemps de l'année 208 ; et comme il se tenait difficilement à cheval, à cause de sa goutte, il se fit porter en litière -^ L'impératrice le suivait avec les deux princes, dont l'un était Auguste et
1. Quare majore manu ad resistendam , vel etiam priiicipis ipsius praesentia, opus esse. Herodian., m, 82.
2. Interea Severum jam confectum senio, longior invasit morbus. Id.,iii,83.