‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 7 sur 353 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

de cette guerre, Pétilius Cérialis, aborda les cités gauloises avec des paroles de concorde et de persuasion, qui ne furent pas moins efficaces que l'habileté de ses armes. Il s'attacha surtout à leur démontrer l'impuissance absolue de leurs efïorts et la vanité de leurs rêves de nationalité. « Que gagneriez-vous '( à être séparés de Rome, leur disait-il, sinon la « guerre perpétuelle contre les Germains et les Bre- (( tons ? Ne vaut-il pas mieux faire avec nous partie a d'un vaste et puissant Etat? Nous ne vous avons (( imposé que les charges nécessaires à la commune (i défense e^ au maintien de la paix ; le reste est égal « entre nous : vous commandez nos légions ; vous « gouvernez nos autres provinces et souvent celle-ci ; « de vous à nous, rien de partial, rien d'exclusif. » Et il ajoutait ces mots remarquables : u Si les Romains « disparaissaient de la terre (veuillent les dieux empê- « cher ce malheur!), qu'y verrait-on désormais, « sinon la guerre universelle entre les nations? Il a « fallu huit cents ans d'une fortune et d'une discipline « constantes pour élever ce colosse, qui écraserait « sous ses ruines quiconque tenterait de l'ébranler. « Aimez donc la paix, environnez de vos respects une (c ville qui se donne également aux vainqueurs et aux « vaincus * . »

1. Octingeutorum amiorum fortuua discipliiiaque compages liœc cou-

INTRODUCTION. xxiii

Ces paroles ou d'autres semblables contenaient un fond de vérité que l'expérience du présent ne rendait que trop manifeste : la Gaule obéit donc ; eûtelle pu faire mieux dans l'état d'impuissance que lui révélait trop clairement sa triste et dernière tentative? Elle obéit sans arrière-pensée; elle se résigna à l'idée de vivre d'une vie étrangère, de n'être plus qu'un des membres d'un corps étranger : du moins ce membre était important; et ce vaste corps de l'empire romain couvrait de son étendue presque tout l'univers connu. Une fois résignée à la perte de sa nationalité, elle sut trouver dans sa nouvelle existence, comme province, assez de liberté pou4' que le caractère de ses peuples ne s'affaissât point ; les institutions de l'Italie vinrent, au contraire, ouvrir de plus larges voies à son développement social. Il arriva aussi que, secondée par les événements, la province gauloise sut se créer, à l'égard de l'Italie, une indépendance relative, et même, plus tard, une prééminence qui ne fut point sans éclat, et qui la place, sans contredit, au premier rang des provinces romaines d'Occident.

Je m'arrête à dessein sur ce fait, qui sert de point de partage entre deux grandes phases de la destinée de nos pères, entre l'histoire de la Gaule libre et l'his-

valuit, quse couvelli sine exitio convellcntium non potcst. Tac, Hist., IV, 74.

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toire de la Gaule devenue romaine : point commun où vient aboutir la première, et où commence la seconde. Celle-là avait pour objet la peinture des races gauloises à leur état d'indépendance en quelque sorte originelle, de leurs courses au dehors, de leurs développements sociaux au dedans, de leurs luttes contre l'étranger; celle-ci les présentera soumises sans doute à des lois qu'elles n'ont point faites, mais introduites par ces lois mêmes dans le système des peuples civilisés, et s'y créant par leur génie une placé brillante. Là, elles apparaissaient isolées, ennemies, à l'égard des autres races humaines ; ici au contraire tout est lié, tout est connexe entre elles et vingt autres races rassemblées comme elles sous la même unité sociale ; et on voit leurs destinées mutuelles agir et réagir perpétuellement des unes aux autres sous le niveau qui les règle toutes. Ce flux et reflux d'action politique, administrative, littéraire, sociale, entre la Gaule et les autres portions de l'Empire, vientimprimer à son histoire un nouveau caractère d'importance et de grandeur, quand la nationalité en est eiîacée.

Mais qu'était-ce que ce système social dont Rome formait le centre, que ce gouvernement qui imposa des destinées communes à presque tout le genre humain, et qui les lui fit accepter enfin sans opposition, durant plus de quatre siècles? C'est ce que j'ai essayé d'expliquer dans mon Tableau de l'Empire romain.

liNTRODUCTION. xxv

Bien préciser, avant tout, la valeur des termes, bien arrêter le sens des formules qu'il emploie, est un soin que doit prendre tout historien qui veut prévenir la confusion dans l'esprit de ses lecteurs, et se garantir lui-même d'anachronismes de mots et d'idées, plus faciles à commettre qu'on ne pense. L'histoire romaine, qui, dans une durée de plus de douze cents ans, embrasse tant de grandes catastrophes, et qui se trouve coupée en deux parties bien distinctes par une révolution fondamentale, exige plus que toute autre cette étude attentive des termes politiques et des formules administratives : car, d'une période à l'autre, ils changent fréquemment de signification ou d'étendue. Voilà ce qui m'a engagé à publier à part l'ouvrage dont je parle, comme un préliminaire utile à toute histoire d'une province sous l'empire romain, et l'empressement du public savant à l'adopter me prouve que je ne me suis pas trompé dans mon espérance.

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