‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 72 sur 353 · LIVRE I. — CIIAPITRli III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CIIAPITRli III

mot de Spartien, beaucoup de choses contre les hommes et contre les droits des villes ^ Au fond de ces actes violents, on peut retrouver avec vraisemblance la trace de quelque rancune personnelle ; et il est fort à présumer en effet que, loin de se montier fiers du terrible compatriote qu'un hasard de naissance leur avait donné, les Transalpins laissèrent trop deviner leur indifférence ou leur dégoût. Peut-être même, à la vue du fils souillé de crimes, s'éleva-t-il, dans le cœur des vaincus de Trévoux, un ressouvenir de haine contre le père, un cri de réprobation contre cette famille funeste à la Gaule. En tout cas, si Antonin comparait l'accueil qu'on lui faisait à celui qu'avait reçu Albinus, seize ans auparavant, et dont les médailles de Lyon attestaient l'enthousiasme ^ une telle différence suffisait pour enflammer le courroux de l'héritier de Sé\ère.

Visita-t-il, par besoin d'affaires ou par curiosité, cette Rome des provinces ti'ansalpines, où il était né, et qu'il n'avait revue qu'une fois, au milieu des horreurs d'un sac? Le fait est probable, quoique l'histoire ne l'énonce pas formellement; mais elle rapporte que, durant ses courses en Gaule, il fut atteint d'une maladie gravée En effet, sa santé, naturellement débile, semblait s'altérer de plus en plus par l'action d'un mal caché qu'il promenait partout avec lui : ce mal, c'était le remords; et sa conscience se chargeait de venger le genre humain.

1. Et quum multa contra homines et contra jura civitatum fecisset... Spartian., Carac, 87.

2. Il existe une m(''daillc d'Albinus frappée à Lyon; on y voit au revers un génie nu, couronné de tours, tenant une hastc dans sa main droite, dans sa main gauclic une corne d'al)ondance, et ayant un aigle h ses pieds. On y lit ces mots : gi:\. llg. cos. h. Eckhel, Doctr. num., vu, 103.

:}. Morbo implicitus graviter laboravit. Sparl., Carac, 87.

84 niSTOIlii; 1)H LA GAULE.

Que la vengeance lïil opiiiiàire el complète, les i'('cils contemporains le témoignent assez. Ils nous montrent l'assassin s'adiessani à Ions les dieux pourolitenir miséricojxle, se traînani de leni[)le en temple, recouj'antà la magie, essajani, de loid, et ne pouvant, ni par prières, ni par travail, ni par diverlissementou débauche, échappera la pensée de son crime. Elle le suivait jusque dans ses songes; tantôt il croyait voir l'image de Géta hiessé se dresser devant lui toute sanglante'; et tantôt c'était Sévère, l'œil en feu, qui lui présentait la pointe d'une épée, et lui disait : u Je te tuerai comme tu as tué ton (( frère-! » Il se réveillait alors en sursaut, et tombait dans des accès de démence furieuse que rien ne pon\ait calmer. Il eut, sans doute, sur les bords du Rhône ou de la Loire, (|uel(pi'un de ces j'êves de frati'icide qui envenimèrent sa maladie; et cette àme justement llagellée étala aux yeux des Gaulois le hideux spectacle de ses tortures. L'hisloii'e raconte que, dans un transport de frénésie, il voulut tuer toutes les personnes qui le soignaient'^ supposant (^u'on l'avait empoisonné ou qu'on le laissait mourir à plaisir. Telle fui l'apparition du lits de Sévère dans ce pays, où tout lui était suspect, et où lui-même n'avait apporté que l'horreur.

Pourtant, au milieu de ces lugubres scènes, et par la main d'un si méchant prince, Rome préparait un des plus nobles actes qui aient honoré sa domination et absous chez elle l'esprit de conquête. Ce fut vraisemblablement en Gaule, à cette ('poque, que païut la con-

1. Acerbis quibusdam visis, sîepenamero agitari a pâtre fratrequc gladios gestantibus, videbatur. Dio, lxxvii, 15.

y. Pater ei cum gladio astitit in somnis, et ut tu (iiiquit) fratreiu timiii interfecisti, ita et ego te intcrficiam. Dio, lxxvui, 7.

3. Circa eos qui eiun c'inil>aiit cradelissimus fuit. Spartian., Carac, 87.

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