CHAPITRE PREMIER
État de la Gaule depuis la guerre de l'indépendance. — Sa prospérité sous le gouvernement des Antonins. — Activité dans le travail de civilisation ; routes de terre; navigation des fleuves; agriculture; fabriques; mouvement intellectuel; forces militaires. — Trajan, Adrien, Antonin le Pieux, Marc- Aurèle. — Souffrances de la Gaule sous Commode. — Guerres civiles qui suivent la mort de cet empereur. — Pertinax et Didius Julianus. — Révoltes de Niger en Syrie, de Sévère en Illyrie, d'Albinus en Bretagne. — Sévère se rend maître de Rome.
V l'aide de la puissante machine administrative qui, sous la main de Rome, brisait si bien les nationalités; à l'aide aussi de celte vivo intelligence qui distinguait
2 HlSTOiaii DE LA GAULE.
les races gauloises, la Gaule, une lois quelle eut accepté sa destinée, travailla à devenir promptement romaine. Qnelques monuments encore debout et des débris sans nombre, (ju on peut rapporter au premier et au second siècle de notre ère, témoignent de l'ardeur avec laquelle les têtes et les bras s'appliquèrent à cette œuvre de transformation. La Gaule présentait alors quelque cbose du spectacle que nous donne, depuis trois quarts de siècle, l'Amérique du Nord, terre vierge, livrée à l'activité expérimentée de l'Europe : de grandes cités s'élevant sur les ruines de pauvres villages ou d'enceintes grossièrement fortifiées; l'art grec et romain déployant ses magnificences dans des lieux encore à moitié sauvages; des routes garnies cà et là de relais de poste, de magasins, d'étapes pour les troupes, d'auberges pour les voyageurs, traversant des forêts séculaires; des Hottes de commerce allant dans toutes les directions, par le Rbône, par la Loire, par la Garonne, par la Seine, par le Rbin, porter les produits étrangers et rapporter les produits indigènes; enfin, pour acliever le parallèle, un accroissement prodigieux dans la population. Pausanias, qui écrivait au temps des Antonins, cite la Gaule parmi les provinces les plus peuplées de l'empire ^
Auguste avait fait ouvrir ({uatre grandes voies qui, partant de Lyon, coupaient le territoire transalpin dans quatre dii'ections, nord, nord-ouest, sud-ouest et sud. Celle du noid aboutissait au Rbin et à 1" Océan germanique, par Ciiàlon -sur-Saône, Langres, Metz, Trêves et Cobjentz; celle du nord-ouest gagnait par Autun, Sens et Beauvais, les grands ports de TOcéan et le détroit de Bretagne; la voie du sud-ouest conduisait, par les mon-
1, Paus., Attic, p. IG. Hanov., in-fol., 1G13,