LIVRE VI.— CHAPITRE I
trer ses troupes dans son camp. Ils saisirent alors les sn armes qu'ils avaient mises en réserve, ou ils se fabriquèrent à la hâte, dans l'espace de peu d'heures, des boucliers d'écorce et d'osier tressé, recouverts de peaux. Leur espoir était que les Romains, confiants en leur soumission, se relâcheraient de la vigilance habituelle ; que les postes seraient mal gardés, et les retranchements déserts; et en effet, à la troisième veille, sortant en masse de la place, ils assaillirent les lignes romaines par l'endroit qui leur paraissait le plus accessible. Leur attente fut trompée; ils trouvèrent leur ennemi éveillé et sur ses gardes. Les avant-postes donnèrent l'alarme par des signaux de feu, et les légions accoururent de tous les forts voisins : l'action fut vive; les Aduatikes firent tout ce qu'on pouvait attendre d'hommesintrépidesquin'avaient de salut que dans le succès ; mais ils combattaient dans un lieu trop désavantageux. Accabléspar les traits lancés du haut du retranchement et des tours, quatre mille restèrent sur la place ; le reste fut repoussé dans la ville. Le lendemain, César fit rompre les portes à coups de hache et entra sans résistance. Les habitants expièrent cruellement leur manque de foi envers le vainqueur ; tous furent vendus sous la lance, corps et biens. On sut des adjudicataires que cinquante-trois mille têtes avaient été mises à l'encan1.
Tandis que ces événements se passaient dans le nord, la septième légion, envoyée en expédition par César après la défaite des Nerves, parcourait la côte de l'Océan entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire.
1. Sectionem ejus oppidi universam Cœsar vendidit. Ab his qui emerant capitum numéros ad eum relatus est millium nu. Cces., Bell. Gall., ii, 33. — OùSeiç svfpwpiç ëxu^sv, àX),à 7tàvTEç ÈTifpàOriaav. Dio, xxxix, 4.
s- P. Crassns, qui la commandait, ne rencontrant ni armée sur pied, ni résistance dans les villes, écrivit à Césarque l'Armorique était soumise au peuple romain1.
Cependant l'hiver commençait, et César voulait donner du repos à son armée ; il lui tardait d'ailleurs de se rendre lui-même en Italie, afin d'y jouir de sa gloire et d'y surveiller ses intérêts. Il fixa donc à ses troupes des quartiers d'hiver. La cavalerie alla dans le nord chez les Belges-Trévires, comme pour les braver et démentir par sa présence les nouvelles défavorables que ces auxiliaires s'étaient trop hâtés de répandre. Sept légions furent distribuées sur la rive droite de la Loire, chez les Carnutes, les Turons et les Andes, dans le but de surveiller l'Armorique, que César, avec raison, ne croyait pas encore soumise. Une autre (la douzième), commandée par le lieutenant Servius Galba, alla hiverner parmi les tribus pennines dans la contrée qu'habitaient les j\an tuâtes, les Yéragres et les Sédunes, entre la crête des Alpes et le Rhône. A mesure qu'elles arrivaient dans leurs quartiers, ces divisions contraignaient les habitants du pays et les nations voisines à leur livrer dos otages et des vivres. Quant à César, il retourna promptement en Italie2.
se La mission de Galba dans les vallées supérieures des Alpes avait pour objet d'y frayer une route sûre au commerce, attendu que les marchands italiens ne les traversaient qu'avec beaucoup de risque et en payant des droits onéreux. Après quelques combats favorables et la prise de plusieurs forts, Galba, ayant reçu des otages et conclu la paix, laissa deux cohortes en cantonnement chez les
1. Omnes eas civitates in ditionem potestatemque populi romani esse redactas. Cœs., Bell. Gall., n, 3i.