LIVRE VI— CHAPITRE I
assiégés le harcelèrent par de fréquentes sorties et par 57 des combats de délail journaliers, souvent à leur avantage. Mais bientôt un cordon de forts, et un mur de circonvallation de douze pieds de haut et de quinze milles de tour, les emprisonnèrent dans la place. Ils considéraient avec une muette curiosité ces ouvrages tout nouveaux pour eux, ces terrasses, ces mantelets, ces machines de formes variées; mais, quand ils virent construire dans le lointain la tour qui devait servir à escalader leur muraille, ils commencèrent à railler les assiégeants. Ils leur demandaient, du haut du rempart, ce qu'ils voulaient faire de cette grande machine, avec quels bras ils comptaient la remuer. « Ce ne sont pas « des nains tels que vous, disaient-ils, qui la pousseront « jusqu'ici ! » En effet, la petite taille des Romains était pour eux, comme pour tous les Gaulois, un objet de risée1. Cependant, sitôt qu'ils aperçurent cette masse se mettre en mouvement et s'avancer, frappés de ce spectacle, comme d'un prodige, ils envoyèrent à César des députés, chargés de lui adresserces paroles: « C'est avec « l'assistance particulière des dieux, nous n'en doutons « plus, que les Romains font la guerre : comment, sans « leur aide, pourraient-ils ébranler ces énormes machi- « nés et les approcher si rapidement des murs, pour « combattre de près ? Nous remettons donc entre vos « mains nos personnes et nos biens. Si César, dont on « nous a fait connaître la douceur, a résolu de nous « laisser la vie, qu'il ne nous enlèvepas nos armes; c'est
1. Quibusnam manibus, aut quibus viribus, prœsertim homines tantulse staturse (nam plerisque hominibus gallis, pro magnitudine corporum suorum, brevitas nostra contemptui est), tanti oneris turrim in muros sese collocare confiderent. Cses., Bell. Gall., 11, 30. — Dio, xxxix, 4;
si « la seule faveur que nous implorions. Tous nos voisins « sont jaloux de noire bravoure; désarmés, nous serions « anéantîs'par eux. Nous aimons mieux, si nous sommes « réduits à cette alternative, tout souffrir de la domina- « tion romaine, que de périr torturés par nos inférieurs « et nos tributaires1. »
César leur répondit « que, plutôt par habitude que « par égard, il leur conserverait le rang et la qualité de « nation, pourvu qu'ils se rendissent avant que le bélier « eût touché leurs murs ; mais qu'il n'y avait point de « capitulation, à moins de livrer leurs armes. Qu'au (t reste, il ferait pour eux ce qu'il avait fait pour les « Nerves, qu'il défendrait à leurs voisins de rien entre- « prendre contre un peuple mis par sa soumission sous a la sauvegarde de Rome. » Cette réponse leur ayant été portée, les assiégés crièrent du haut de la muraille qu'ils acceptaient les conditions; puis ils jetèrent dans la tranchée une si grande quantité d'armes, qu'elles égalaient presque la hauteur des fortifications 2. Les portes alors s'ouvrirent, et, pendant le reste de la journée, tout présenta aux Romains l'apparence de la paix.
Mais le danger veillait en silence et les environnait de toutes parts. Malgré l'immense quantité d'armes livrée par les Aduatikes, ils en avaient caché encore environ un tiers : tout en paraissant s'abandonner à la discrétion de leur ennemi, ces hommes indomptés ne cherchaient qu'une occasion de s'en délivrer plus sûrement. Cette occasion, ils crurent l'avoir trouvée, lorsque César, à l'approche de la nuit, évacua la place et fit ren-
1. Sibi pnestare quamvis fortunam a populo romano pati, quam ab his per cruciatum interfici, intcr quosdominari consuessent. Cses.,11, 31.
2. Sic ut prope summam mûri aggerisque altitudinem acervi armorum adœquarent. Id., ibid., 32.