LIVRE VI. — CHAPITRE I
pourtant, quand il la vit bien établie dans l'esprit de ses 56 ennemis, il imagina d'en profiter. Choisissant parmi les Gaulois auxiliaires un homme rusé, propre à une mission délicate \ par présents et par promesses, il lui persuade de passer au quartier de Viridovix, et lui donne ses instructions. Le Gaulois consent. Admis comme transfuge, il exagère la terreur des Romains : « César, dit-il, « est lui-même pressé par les Vénètes; et, pas plus tard « que la nuit suivante, Sabinus doit plier bagage et partir « clandestinement pour lui porter secours. » Les confédérés, à ce récit, s'écrient tout d'une voix qu'il ne faut pas perdre une si belle occasion, qu'il faut marcher sur le camp romain2; aux motifs tirés du rapport du transfuge s'en joignait un autre non moins pressant, le manque de vivres qui commençait à se faire sentir clans l'année gauloise. Us ne laissent point sortir du conseil Viridovix et les autres cbefs que ceux-ci n'aient consenti à ordonner l'attaque. Joyeux alors, ils courent comme à une victoire assurée, en poussant de grands cris, et chargés de fascines pour combler le fossé3.
Le camp était situé sur une hauteur qui s'élevait par une pente douce d'environ un mille-, les Gaulois s'y dirigent au pas de course, afin d'enlever aux légions le temps de s'armer et de se ranger-, ils arrivent tout hors d'haleine, fatigués et embarrassés du fardeau qu'ils portaient. Les troupes romaines sortirent alors avec impétuosité; l'avantage du lieu et la lassitude de l'ennemi
i. Idoneum quemdam hominem et callidum delegit gallum, ex bis quos auxilii causa secum habebat. Cses., Rell. Gall., in, 18. — Dio, xxxix, 45.
2. Conclamant omnes occasionem negotii bene gerendi amittendam non esse; ad castra iri oportere. Cœs., loc. cit.
56 contribuèrent, non moins que leur courage, à décider le succès. Les Gaulois purent à peine soutenir le premier choc, ils tournèrent le dos ; le soldat romain, qui avait toutes ses forces, les atteignit aisément et en tua un grand nombre. La cavalerie survint et acheva la défaite ; peu échappèrent par la fuite. La confédération armoricaine, battue sur mer, battue sur terre, courba la tète sous le joug et fit sa soumission à César1.
Les douze cohortes de P. Crassus avaient plus que suffi pour prévenir tout mouvement le long de la côte, entre la Loire et la Garonne; lesPictons et les Santons avaient livré, sans aucune résistance, tous leurs navires à Brutus2. Tranquille de ce côté, Crassus résolut de tenter la conquête de l'Aquitaine; il rassembla des vivres, leva de la cavalerie dans la Province et chez les nations alliées, et se fit fournir, par les villes de Tolose, de Carcassonne, de Narbonne, des hommes connaissant bien le pays, qui pussent lui servir de guides; il entra alors sur les terres des Sotiates3, les défit dans une première bataille et mit le siège devant leur ville. Elle était forte par sa situation, et fut défendue avec bravoure; habiles, comme tous les Aquitains, aux travaux des mines, les assiégés tantôt poussaient des galeries souterraines sous les tranchées de l'ennemi, tantôt l'inquiétaient par de vives sorties, et traînèrent ainsi le siège en longueur. Lorsqu'ils virent enfin que la constance des soldats romains rendait tous leurs efforts inutiles, ils députèrent vers Crassus, lui demandant de les recevoir à capitulation, et, sur son ordre, ils livrèrent d'abord leurs armes. Mais, pendant
4. Cses.,Bell.Gall.,ni, 19.— Dio,\xxix,45.— Front.,Stratag.,m, 17, §7.