Equitatum... agmen subsequi jussit. Cses., ub. supr
55 les légions sur trois colonnes ; et par une marche précipitée de huit milles, il arriva en vue de l'ennemi.
Rien ne saurait exprimer l'étonnement et l'effroi des Germains, lorsqu'au lieu de leurs députés, dont ils attendaient le retour, ils virent s'avancer rapidement les enseignes romaines. Aucun plan n'avait été arrêté, aucune disposition n'était prise pour la défense. Incertains s'ils devaient sortir du camp pour combattre , ou s'y retrancher, ou faire retraite, ils hésitaient, se croisaient, s'embarrassaient mutuellement. Cependant le péril devenait d'instant en instant plus menaçant, et d'instant en instant les chances de salut diminuaient. Au bruit confus qui s'élevait du camp, au désordre des postes extérieurs, les soldats romains devinèrent aisément à quelle épouvante leur ennemi était en proie, et cette idée augmenta leur ardeur. Le combat commença; les Germains, ayant enfin saisi leurs armes et s' étant rangés parmi les chariots et les bagages, cherchèrent à soutenir le choc; quant aux femmes et aux enfants , ils se précipitèrent par les derrières du camp , et se mirent à fuir dans la direction du Rhin : César les aperçut, et envoya sa cavalerie charger cette multitude sans défense *.
Cependant les guerriers germains opposés aux légions, entendant les clameurs qui s'élevaient de l'autre extrémité du camp, tournèrent la tête; ils virent leurs femmes et leurs enfants sabrés par la cavalerie romaine, et ce spectacle leur enleva le peu de force qui leur restait2. Jetant leurs enseignes, abandonnant leurs chefs, ils coururent en désordre de ce côté; leur fuite dura
1. Reliqua multitudo puerorum muliérumque passim fugere cœpit; ad quos cohsectandos Caesar equitatum misit. Coss., Bell. Gall., iv, 14.
2. Germani, post tergum clamore audito, quum suos interfici videront... Id., ibid., 15.
jusqu'à ce qu'ils eussent atteint la rive du Rhin au con- 55 fluent de ce fleuve et de la Meuse. Arrêtée là par une double barrière et ne sachant où se réfugier, la horde fugitive périt tout entière : une partie tomba sous l'épée et le javelot; plusieurs essayèrent de traverser les fleuves à la nage, mais en vain : la fatigue, l'effroi, la rapidité du courant, les firent submerger. Les Romains, sans perte d'un seul homme, avec très-peu de blessés, rentrèrent dans leur camp, ayant ainsi terminé en quelques heures une guerre qui leur avait causé d'abord tant d'inquiétude i.
Aucune bataille n'avait coûté moins de sang à César, mais aucune ne lui rapporta moins de gloire. Les circonstances qui l'avaient précédée, les circonstances qui l'accompagnèrent présentaient un côté peu honorable pour sa loyauté. Cet homme, vengeur si scrupuleux du droit des gens, lorsqu'il intéressait lui et les siens; qui avait fait torturer tout un sénat, vendu à l'encan tout une nation, parce qu'en retenant quelques agents et espions romains, cette nation avait cru pouvoir recouvrer des otages qu'on lui avait enlevés contre toute justice ; ce même homme dressait un guet-apens à des ambassadeurs, et accordait des trêves pour les violer; ce Romain, dont la clémence faisait tant de bruit parmi les siens , traitait des troupeaux de femmes et d'enfants fugitifs avec plus de rigueur qu'on ne traite des soldats vaincus dans une guerre sans quartier. Ces accusations couraient de bouche en bouche dans la Gaule, et se mêlaient aux regrets d'une occasion échappée et d'une espérance déçue.
1. Ex tanti belli timoré... Cses., Bell. Gall., iv, 15. — Liv. epit., cv.
— Plut., in Caes., 20, 21. — App., Bell. Gall., xvm. — Dio, xxxix, 48.
— Oros., vi, 9.
55 En Italie, et jusque dans le sénat de Rome, des âmes honnêtes, en petit nombre, il est vrai, ressentirent une indignation non moins vive et osèrent l'exprimer. Lorsque, après la lecture des dépêches de César, les sénateurs votèrent que des actions de grâces seraient adressées aux dieux, en reconnaissance de cette victoire : « Des actions de grâces! s'écria Caton; votez plutôt des « expiations! Suppliez les dieux de ne pas faire peser « sur nos armées le crime d'un général coupable. Livrez, « livrez César aux Germains, afin que l'étranger sache « que Rome ne commande point le parjure , et qu'elle « en repousse le fruit avec horreur * ! »
Pour disculper César, ses amis romains prétextaient la situation critique où lui et son armée s'étaient trouvés, et les nombreux exemples qui militaient en sa laveur. Mais, en deçà des Alpes, ses partisans se taisaient. Le prestige qui avait ouvert à la république la conquête de ce pays s'effaçait chaque jour davantage; la haine gagnait, et quand Rome crut avoir dompté tous ses ennemis, en soumettant le nord et l'ouest de la Gaule, elle s'aperçut qu'il lui en restait de plus acharnés, ses anciens amis.
César compléta sa victoire en passant le Rhin avec son armée et jetant l'épouvante parmi les nations germaniques voisines du fleuve2. Mai? comme l'été inclinait vers sa fin , et qu'il était trop tard pour commencer une campagne en Germanie, où les hivers étaient rigou-
1. rawffio; oï 'Jiyti Kâtwva, tyjç êov),Y|; iià tq vixî] <^yi(?l^0!AE'vyl? Éoptàç xaî 6vaïa;, ouiowrjvaaOai yvw|jiï]v, w; èxgots'ov èffxi xàv Rattrapa toïç papoâpoiç, à:po<Tio-j[j.£vov; tô 7iapa'7Tiôv6rlp.a viTrsp Tyj; twXsw;, xaî tyjv àpàv eîç xôv aÏTiov TpÉTtoviac. Plut., in Ctes., 22.
2. Cses., Bell. Gall., iv, 16, 17, 18, 19. — Liv. epit., cv. — Plut., in Cœs., 22. — Dio, xxxix, 48. — Flor., ni, 10. — Oros., iv, 9.