LIVRE VI. — CHAPITRE II
César les reçut avec son affabilité ordinaire ; après les avoir exhortés à persévérer dans leurs bonnes dispositions, il les congédia ; il fit partir en même temps qu'eux l'Atrébate Coin m, qu'il avait établi roi de sa cité1 après l'avoir soumise par les armes, et dont le crédit était ancien et considérable auprès de quelques nations bretonnes. Personnage important dans la confédération Belgique, Comm joignait aux qualités d'un esprit ferme et prudent une ambition excessive; en flattant sa passion dominante, en lui prodiguant le pouvoir, César parvint à le séduire, non sans peine. Pour le moment, il avait complètement réussi, et le parti romain ne comptait pas dans ses rangs d'homme plus dévoué que le roi atrébate. Il se rendit avec une escorte de trente cavaliers au port de l'île le plus prochain, dans le dessein de travailler, par tous ses moyens d'influence, la population et les chefs bretons, et de les engagera se soumettre de bonne grâce. II n'eut pas le temps de remplir sa mission; car à peine descendu à terre, il se vit saisi par les insulaires et chargé de chaînes2.
Dès que le vent contraire cessa de souffler, les Romains mirent à la voile vers la troisième veille ; mais la cavalerie n'ayant pas fait assez de diligence pour se rendre au lieu de l'embarquement, César n'avait avec lui que ses premiers navires lorsqu'il arriva en vue de l'île, vers la quatrième heure du jour. Toute la côte se trouvait couverte de troupes bretonnes rangées en bataille, et dans une position avantageuse ; car la plage entre les hauteurs dominantes et la mer était en ce lieu si étroite,
i. Commius quem ipse, Atrebatibus superatis, regem ibi constituerat, Caes., Bell. Gall., iv, 21.