Id., ibid., 24-26. — Dio, xxxix
les autres furent poussés sur les côtes occidentales de l'île, et en danger de périr; ils y jetèrent l'ancre néanmoins, mais, reportés au large, pendant la nuit qui fut orageuse, ils regagnèrent à grande peine le continent1. Cette même nuit était celle de la pleine lune, époque des plus hautes marées, de l'Océan ; les- Romains l'ignoraient. Le flot surmontait les galères que César avait fait tirer à sec sur la grève, et les bâtiments de charge en rade sur leurs ancres étaient maltraités par la violence des ondes : les uns se brisèrent; les autres, dépouillés de leurs cordages, de leurs ancres, de tout leur armement, furent mis hors de service. Un tel événement jeta, comme on le pense bien, la consternation dans le cœur des Romains, et releva l'espoir et la confiance des Bretons. Les chefs insulaires rassemblés dans le camp du proconsul se concertèrent en secret; l'ennemi se trouvant sans vaisseaux, sans vivres, sans cavalerie, l'occasion était favorable pour reprendre les armes, le bloquer et faire une campagne d'hiver. « En triomphant de cette armée, se « disaient-ils, en lui fermant le retour, nous assurerons « pour jamais la liberté de la Bretagne; nous ferons perdre « pour jamais aux Romains l'envie de porter la guerre « au delà de notre détroit2. » Toutes choses étant convenues entre eux, ils commencèrent à s'évader l'un après l'autre, et firent revenir en cachette les soldats qu'ils avaient éloignés; quant aux laboureurs qui habitaient les alentours du camp romain, ils eurent ordre de vaquer, comme de coutume, aux travaux de la campagne, de continuer même à fréquenter les tentes ennemies.