LIVRE VI. —CHAPITRE II
vires refusaient leur contingent de troupes, ne fournis- m saient aucune subvention en argent ni en vivres, ne paraissaient plus aux états convoqués et présidés par César; on les soupçonnait même d'exciter secrètement les Germains à passer le Rhin : telles étaient les dispositions du peuple, plus fortes que les intrigues de l'aristocratie, vendue à la cause de l'étranger1. Sur ces entrefaites arriva l'époque de l'élection du suprême magistrat. Les suffrages du peuple se réunissaient sur Indutiomar, chef de guerre habile et patriote dévoue 2 ; il avait pour antagoniste son gendre, Cingétorix, qui, par jalousie autant que par ambition, s'était jeté dans le parti contraire. La proximité de l'armée romaine redoublant l'audace de la faction étrangère, elle transforma la place publique en un champ de bataille. Cependant Indutiomar l'emportait, lorsque César se mit en marche avec quatre légions et huit cents hommes de cavalerie3, pour appuyer ses partisans. Cingétorix se rendit aussitôt près de lui ; la plupart des nobles firent de même, et, à la tête de leurs clientèles, allèrent grossir l'armée ennemie. Indutiomar rassembla des forces, parcourut les places de défense, envoya la population désarmée dans l'intérieur des Ardennes; mais rien n'était préparé, le peuple se décourageait, et la terreur continuait les défections que la trahison avait commencées.
Dans cet état de choses, craignant de compromettre en pure perte les intérêts de son pays et sa propre vie, Indutiomar se résigna à plier; il envoya sa soumission
1. Neque ad consilia veniebant neque imperio parebant, Germanosque transrhenanos sollicitare dicebantur. Cces., Bell. Gall., v, 2.