‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 157 sur 454 · LIVRE VI.— CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VI.— CHAPITRE II

à coup, et par d'autres espérances, l'admirateur de César, 54 etl'un de ses instruments les plus dévoués, sous cette nouvelle couleur, il afficha une arrogance et des prétentions intolérables. Il alla jusqu'à se vanter, dans l'assemblée nationale des Édues, « qu'il serait roi du pays; qu'il en « avait la promesse de César. » Ce propos déplut généralement à ses compatriotes, surtout il affligea vivement les partisans sincères et désintéressés de Rome; mais César inspirait une telle frayeur, qu'aucun magistrat n'osa lui en parler, ou pour refuser, ou pour lui demander quelque explication : il n'apprit le fait que par les confidences intimes de ses hôtes l. Irrité au dernier point, le proconsul surveilla dès lors Dûmnorix comme un homme dangereux; et celui-ci, fier et confiant dans sa force, lui rendit haine pour haine : tous deux se connaissaient assez pour se craindre. Quand le chef éduen so vit désigné parmi ceux qui devaient suivre l'expédition au delà du détroit, il commença par s'excuser de ne pouvoir quitter le continent, alléguant tantôt sa santé qui ne lui permettait pas de soutenir la mer, tantôt des motifs de religion2 : n'ayant rien obtenu et perdant toute espérance de ce côté, il essaya d'autres moyens. Prenant à part chacun de ses compagnons de captivité, il leur communiqua ses craintes, il irrita les leurs : « Croyez-moi, leur disait-il, ce n'est pas sans dessein « que César veut priver la Gaule de tous ses chefs , éloi-

1. Quod dictum ^Edui graviter ferebant, neque recusandi aut deprecandi causa legatos ad Cœsarem mittere audebant. Id factum ex suis bospitibus Cœsar cognoverat. Cœs., Bell. Gall., v, G.

2. Ille omnibus primo precibus petere contenditut in Gallia relinqueretur, partim quod insuetus navigandi mare timeret, partim quod religionibus sese diceret impediri. Id., ibid.

« gner toute sa noblesse1. Il s'est emparé par une per- « Julie infâme de tout ce qui conservait encore dans « l'âme quelque indépendance, quelque amour de la « patrie. Nous sommes ses prisonniers. N'osant pas nous « condamner chez nous, au milieu de nos frères, il nous « entraîne dans cette île sauvage pour nous assassiner « plus sûrement2. » Presque tous pensaient comme lui; ils se concertent, ils s'engagent, sous la foi du serment, à prendre des mesures pour leur salut personnel et pour le salut de la patrie. Quel était leur plan, et comment espéraient-ils de l'exécuter au milieu de tant de légions romaines ? C'est ce que l'histoire ne nous a point fait connaître.

Instruit de leurs résolutions, César ût garder à vue les chefs gaulois, et plaça autour de Dumnorix la surveillance la plus sévère. Pendant vingt-cinq jours que les vents contraires le retinrent encore dans le port, il réussit à découvrir tous ses projets, à déjouer toutes ses tentatives. Mais le vent étant devenu propice, et l'embarquement ayant commencé, Dumnorix profita du trouble et de rembarras inséparables d'une telle opération pour s'échapper; entraînant après lui toute la cavalerie éduenne, il reprit la route de son pays. A cette nouvelle. César ût suspendre l'embarquement; et, toute affaire cessante, il envoya à sa poursuite la cavalerie numide et romaine, avec ordre de le ramener mort ou vif. « S'il « résiste, dit-il, tuez-le : l'homme qui ose braver mes « ordres, sous mes yeux , ne ferait rien de bon en mon ab- « sence 3 ! » Les cavaliers partirent à toute bride, et at-

i. Non sine causa fleri ut Galba omni nobilitate spoliaretur. Caes., v,G.

2. Id est consilium Cœsaris, ut quos in conspectu Gallise interficere vereretur, hos omnes in Britanniam transductos necaret. Id., ibid.

3. Si vini faciat neque pareat, interflci jubet; nibil hune, «fi absente.

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