LIVRE VI. — CHAPITRE II
teignirent an bout de peu d'heures Dumnorix, qui, séparé 54 des siens, marchait lentement à l' arrière-garde. Les Numides tirent Pépée et l'enveloppent. Dumnorix appelle ses compagnons à son secours, et se met en défense. « Que me voulez-vous? criait-il aux Romains; je suis « libre! je suis citoyen d'un pays libre1! » Pour toute réponse les cavaliers le frappèrent de leurs épées, et retendirent mort sur la place. Les fugitifs éduens, hors d'état de résister, remirent le sabre dans le fourreau, et furent tous ramenés à César.
Telle fut la fin de ce chef turbulent, si funeste à la liberté intérieure et à l'indépendance de sa patrie : il périt au moment où il semblait vouloir servir ce qu'il avait combattu si longtemps, et ses dernières paroles furent la condamnation de sa vie entière. Son assassinat causa dans toute la Gaule une vive émotion, comme un acte insolent des Romains, et un attentat au droit des gens; car personnellement la victime inspirait peu d'intérêt, et elle ne reçut guère d'autres regrets et d'autres larmes que les larmes et les regrets de son frère. Pour ce frère, l'honnête et malheureux Divitiac, dès ce moment, il ne paraît plus sur la scène des événements politiques ; son nom n'est plus prononcé dans les derniers actes du grand drame où il joua d'abord un rôle si brillant; et César n'accorde pas même à ce vieil ami un mot de souvenir et d'affection. C'est que Divitiac avait aimé César etles Romains avec conviction et candeur, pour le bien qu'ils pouvaient apporter et qu'ils promettaient à la Gaule. Cruellement détrompé par une expérience de trois années, mais ne
pro sauo facturum... qui prresentis imperium neglexisset. Cœs., Bell. Gai'., v, 7.
i. Sxpe clamitans, liberum se, liberœque civitatis esse. Id., ibid.
se trouvant ni assez de puissance pour réparer le mal déjà fait, ni assez de pureté peut-être pour servir encore la liberté, il alla cacher son repentir dans la solitude, et pleurer en silence le malheur de sa famille, son crime involontaire, et ses beaux rêves évanouis.
César reprit tranquillement les préparatifs du départ ; il laissa Labiénus sur le continent avec trois légions pour garder le port, pourvoir aux vivres^ le tenir au courant des affaires de la Gaule, et prendre conseil selon le temps et les circonstances. Avec cinq légions et deux mille cavaliers, il leva l'ancre à la chute du jour, par un vent frais du couchant : vers le milieu de la nuit, le vent étant tombé, il ne put tenir sa route. Entraîné par la marée montante, au lever du soleil, il s'aperçut qu'il laissait la Bretagne à sa gauche ; mais le tournant du reflux le reportant vers la côte, il parvint à regagner, à force de rames, le même lieu de débarquement qu'il avait reconnu l'été précédent pour être si favorable. Vers midi, il prit terre, aucun ennemi ne se montrant; là il fut informé que les insulaires, venus d'abord en force sur la côte, s'étaient retirés dans l'intérieur du pays, effrayés du nombre des vaisseaux romains, qui se montait à plus de huit cents, y compris ceux que chacun destinait à sa commodité particulière1.
César, ayant établi ses troupes à terre, choisit un camp avantageux, et su par des captifs où les Bretons s'étaient retirés, partit à la troisième veille, laissant à la garde des vaisseaux dix cohortes et trois cents cavaliers; il s'éloigna, d'autant plus rassuré, qu'il laissait la flotte à
1. Multitudine navium (perterriti), qnoR cum annotinis privatisque, quas sui quisque commodi fecerat, amplius dccc uiio erant visae tempore. Cses., Bell. Gall., v, 8.