LIVRE VI. —CHAPITRE III
testations d'amitié, les avait même aidés à rassembler 54 des vivres. Depuis quinze jours il travaillait à leur inspirer par sa conduite et ses discours une pleine et entière sécurité, quand il reçut la nouvelle du soulèvement d'Autricum. Croyant César déjà hors de la Gaule et l'insurrection flagrante dans l'ouest, il arma son peuple d'Aduatica en toute hâte, et investit le camp.
L'assiette des camps romains était généralement trop forte, la garde s'y faisait avec trop de soin, pour qu'Ainbiorix comptât beaucoup sur une surprise et sur une escalade; d'ailleurs il n'avait avec lui que neuf à dix mille hommes, et les assiégés n'étaient pas en moindre nombre1. La bonne contenance des légionnaires et une sortie vigoureusement exécutée par la cavalerie espagnole, le déterminèrent à tenter un autre moyen de succès. Il fit crier près du rempart « qu'il avait à communiquer aux « généraux romains des choses du plus haut intérêt, « concernant leur vie et le salut de leur armée 2. » Sur cette déclaration, deux parlementaires lui furent envoyés, C. Arpinéius, chevalier romain, parent de Q. Titurius, et un certain Junius, Espagnol, qui connaissait Ambiorix pour avoir servi d'interprète entre César et lui. S' étant abouché avec eux, dans l'intervalle des deux camps, le chef éburon parla en ces termes :
« La reconnaissance que je dois à César m'oblige à « vous révéler un grand secret; croyez-le, je n'ai point « perdu la mémoire des bienfaits de César ; c'est lui qui « m'a délivré d'un tribut envers les Aduatikes, nos voi- « sins ; c'est lui qui m'a rendu mon fils et le fils de mon « frère, retenus par ce peuple dans une dure captivité.
1. Eraut virtute et numéro pugnandi pa"es. Caes., Bell. Gall., v, 34,
2. Habere sese quae de re communi dicere vellent. Id., ibid., 26.
Si les Éburons viennent aujourd'hui assiéger votre camp, ils ne le font, je le proteste, ni par mon ordre ni de mon consentement ; la multitude m'y a contraint; telle est en effet la nature de mon autorité, que le peuple n'a pas moins de pouvoir sur moi que je n'en ai sur lui l. Mais la guerre est générale, et toute la Gaule soulevée contre les Romains; ce que je dis ici, le peu de forces de mon armée suffirait à vous le prouver; car vous ne me supposez pas si fou et si présomptueux, que j'eusse espéré de vaincre, aveccette poignée d'hommes, tant de braves légions. Je le répète, la Gaule est. tout entière en armes, et ce jour est le jour fixé pour attaquer à la fois tous vos quartiers, afin qu'une légion ne puisse pas porter secours à une autre légion. Les Éburons ont pris les armes, forcés parla volonté générale; seuls, comment résister à la volonté de tous? enfants de la Gaule, comment refuser de participer à la délivrance de la Gaule2? Maintenant que j'ai rempli mon devoir comme citoyen, je vais m'acquitter d'un autre devoir comme ami de César. J'avertis donc, je supplie Titurius, au nom de l'hospitalité, de pourvoir au salut de ses soldats et au sien ; une armée nombreuse de Germains a passé le Rhin et arrivera dans deux jours3. ( Voyez, avant que nos voisins puissent en être informés et vous* couper le chemin, si vous voulez sortir de vos < quartiers et aller rejoindre ou Cicéron ou Labiénus : :< l'un ne se trouve qu'à cinquante milles d'ici, l'autre est
i. Sua esse ejusmodi imperia, ut non minus haberet juris in se multitude) quam ipse in multitudinem. Cœs., Bell. Gall., v, 27.
2. Non facile Gallos Gallis negare potuisse; prsesertim quum de recuperanda communi libertate consilium initum viderelur. Id., ibid.
3. Magnam manum Germanorum conductum Rheuum transisse : hanc adfore biduo. Id., ibid.