‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 170 sur 454 · LIVRE VI. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE III

« un peu plus loin. Quant à moi, je promets, je jure de 54 « vous donner libre passage sur nos terres : ainsi j'aurai « satisfait à ce que je dois à mon pays en le délivrant de « votre armée, à ce que je dois aux bienfaits de César en « vous préservant du péril. » Après ces paroles, Ambiorix se retira.

Arpinéius et Junius firent leur rapport aux généraux romains; et ceux-ci, troublés de cette crise imprévue, ne crurent pas devoir négliger l'avis, quoiqu'il leur vînt d'un ennemi. Le meurtre de Tasget et l'insurrection carnute, dont ils ignoraient la fin, étaient à leurs yeux une confirmation des paroles d'Ambiorix ; il leur semblait incroyable qu'un peuple aussi faible que les Éburons se fût risqué à tirer l'épée sans l'espoir, sans la certitude d'être soutenu par des cités puissantes1. Ils assemblèrent aussitôt le conseil des officiers, et lui exposèrent l'état des choses; mais les avis sur les mesures à prendre furent partagés, et une violente dispute s'engagea. Aurunculéius et avec lui plusieurs tribuns et centurions pensaient qu'il ne fallait rien faire légèrement, ni quitter les quartiers sans l'ordre de César, car il était probable que César était encoredansla Gaule. « Le camp, disaient-ils, estbien fortifié ; « on peut s'y défendre contre tel nombre de Germains « que ce soit; il est bien pourvu de vivres; le proconsul « aura le temps d'envoyer du secours, ou bien il en « viendra des quartiers voisins. Enfin, qu'y a-t-il de plus « imprudent, de plus honteux que de se décider, en de « si grands intérêts, d'après le conseil de son ennemi? »

Titurius répondait « qu'il serait trop tard pour déli-

1. Maxime hac re permovebantur, quod civitatem ignobilem atque humilem Eburonum sua sponte populo romano bellum facere ausam, vix erat credendum. Cœs., Bell. Gall., v, '28.

54 bérer, quand on aurait toute cette multitude gauloise et, de plus, les Germains sur les bras, ou lorsque les quartiers voisins auraient déjà reçu quelque échec-, qu'on n'avait qu'un moment, un seul, pour arrêter un parti. César sans nul doute était déjà en Italie, autrement les Carnutes auraient-ils osé se défaire de Tasget, presque sous ses yeux? C'était l'avis en lui-même qu'il fallait considérer, et non l'ennemi qui le donnait : le Rhin était proche, les Germains aigris par la mort d'Arioviste, par l'extermination des Tencthères, les Gaulois impatients du joug romain, brûlant de venger leurs injures et de recouvrer leur ancienne renommée militaire1; enfin personne ne pouvait croire Ambiorix assez insensé pour en venir à cette extrémité, sans être sûr de son fait. » Les deux généraux disputèrent ainsi avec opiniâtreté et aigreur une partie de la nuit. Vainement les officiers et les soldats mêmes s'épuisèrent en efforts pour les calmer : on les entourait, on les embrassait, on les conjurait de ne pas tout perdre par leur division : « Partir, rester, « s'écriait-on, tout est bon si nous agissons de concert; « si nous sommes divisés, plus d'espoir ni de salut! » Cotta enfin céda et consentit à aller rejoindre Cicéron; le départ fut publié dans le camp ; le reste de la nuit se passa à préparer les bagages : au point du jour, les Romains se mirent en marche sur une longue file de troupes et d'équipages, comme s'ils eussent eu à voyager en pays tranquille, sous la sauvegarde d'un ami sûr2.

1. Ardere Galliam, tôt contumeliis acceptis, sub populi romani imperium redactam, superiore gloria rei militarisexstincta. Cœs., Bell. Gall., v, 29.

2. Prima luce, sic ex castris proficiscuntur, ut quibus esset persuasum, non ab hoste, sed ab homine amicissimo Ambiorige consilium datum, longissimo agmine maxiinisque impedimentis. Id., ibid., 31.

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