‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 174 sur 454 · LIVRE VI. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE III

faut en croire César, cent vingt tours lurent élevées, clans 54 cette seule nuit, des matériaux dont le camp était approvisionné1. Le lendemain, les assiégeants renouvelèrent l'attaque et commencèrent à combler le fossé. Du côté des Romains la résistance fut la même que la veille, et ainsi les jours suivants ; ils passaient toute la nuit à réparer les ouvrages endommagés; les blessés ni les malades, les officiers ni les soldats, n'avaient aucun relâche, aucun intervalle de repos.

Cependant, ceux des chefs et des notables nerviens qui avaient eu jadis quelque accès auprès de Cicéron, et quelque relation d'amitié avec lui, annoncent qu'ils ont des propositions à lui faire et demandent une entrevue. Cicéron envoie quelques-uns des siens. Les Gaulois répètent dans cette conférence ce qu'Ambiorix avait dità Sabinus : « que toute la Gaule était en armes, que les « Germains avaient passé le Rhin, que tous les quartiers, « même celui de César, étaient attaqués à la fois. » Ils racontent la mort de Sabinus, et prennent à témoin de la vérité de leurs paroles Ambiorix qui était présent. « C'est vainement, disent-ils, que vous comptez sur le « secours de gens qui sont occupés de leur propre dé- « fense. Quanta nous, notre seule inten lion à l'égard de « votre république est de nous affranchir de l'établisse- « ment des quartiers d'hiver, et d'empêcher qu'ils ne « deviennent coutume2. Redites à Cicéron qu'il peut sans « aucune inquiétude sortir du camp et se retirer avec sa

1. Noctu ex ea materia, quam munitionis causa comportaverant, turres admodum cxx excitantur incredibili celeritate. Caes., Bell. Gall., v, 39.

2. Sese tamen hoc esse in... populum romanum animo, ut nihil nisi hiberna récusent, atque hanc inveterascere consuetudinem nolint. Caes., Bell. Gall., v, 41,

54 « troupe où bon lui semblera. » La réponse de Cicéron fut brève et fière; elle portait : « que le peuple romain « ne traitait jamais avec un ennemi armé; mais que si « les Belges voulaient mettre bas les armes, il serait vo- « Ion tiers leur médiateur; qu'ils pouvaient députervers « César, qui, dans sa justice, leur accorderait tout ce « qu'ils avaient le droit de demander. »

Les Belges, voyant que la ruse avait échoué comme la force, se déterminèrent à entreprendre un siège en règle, et commencèrent à ceindre le camp ennemi d'une circonvallation de onze pieds de haut avec un fossé de quinze de profondeur; cinq ans de guerre avec les Romains les avaient instruits dans cette partie de l'art militaire, et d'ailleurs quelques légionnaires prisonniers dirigeaient leurs travaux. Mais, faute d'outils pour remuer la terre, ils coupaient le gazon avec leurs sabres, et le portaient dans leurs mains ou dans les pans de leurs saies1. Malgré l'imperfection de ces procédés, tels étaient, si l'on en croit César, leur activité et leur nombre, qu'en moins de trois heures, un rempart de quinze mille pas de circuit fut élevé2. Les jours suivants, dirigés par les mêmes captifs, ils dressèrent des tours à la hauteur du rempart, et préparèrent des faux de siège et des tortues.

Le septième jour de l'attaque, ils profitèrent d'un vent violent qui s'éleva tout à coup, pour lancer dans le camp ces dards brûlants qu'ils nommaient cateïes, et des boulets d'argile rougis au feu3. Les baraques des soldats

1. Scd, nulla ferramentorum copia quœ sunt ad hune usum idonea, gladiis cespitem circumeidere, manibus sagulisque terram exhaurire cogebantur. Caîs., Bell. Gall., v, 42.

2. Minus boris tribus, millium passuum xv in circuitum munitionem perfecerunt. Id., ibid.

3. Ferventes fusili ex argilla glandes fundis et fervefacta jacula in

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