‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 175 sur 454 · LIVRE VI..— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI..— CHAPITRE III

romains, couvertes en paille selon l'usage du pays, s'enflammèrent, et le vent étendit bientôt l'incendie par tout le camp. Poussant alors de grands cris, les Belges approchent du rempart leurs tours et leurs tortues, dressent les échelles et montent à l'assaut; mais les assiégés déployèrent une telle intrépidité, que, malgré la flamme qui dévorait leurs cases, leurs bagages, toute leur fortune, aucun ne quitta son poste, aucun ne songea même à tourner la tète. L'action fut vive, et il y eut de part et d'autre un grand nombre de blessés et de morts, fie qui iit le plus de mal aux Gaulois, c'est que, serrés en masse au pied des retranchements romains, ils étaient gênés par les derniers rangs de leur armée, qui les embarrassaient dans leurs mouvements et leur fermaient la retraite. Malgré ces obstacles, ils parvinrent à attacher au rempart une de leurs tours; mais une sortie vigoureuse les repoussa, et la tour fut brûlée.

Cependant le siège continuait, et la position des assiégés devenait d'instant en instant plus critique; il y avait déjà beaucoup de blessés, et le nombre des hommes en état de service diminuait rapidement. Chaque jour Cicéron dépêchait à prix d'or quelque messager vers César, tous étaient arrêtés aussitôt, et suppliciés sous ses yeux mêmes. Dans le camp se trouvait un transfuge nervien, nommé Verticon, homme de haute naissance, qui, dès les premiers jours du siège, était venu se rendre à Cicéron et lui engager sa foi; par de grandes promesses, surtout par celle de la liberté, il décida un esclave gaulois à porter une lettre à César. Le Gaulois, l'ayant liée autour de son javelot \ passa comme déser-

casas, qua?, more gallico, stramentis erant tectoe, jacere cœperunt. Ca?s., Bell. GalL, v, 43.

\. Has ille in jaculo illigatas offert. Id., ibld., 45.

54 teur dans l'armée nervîenne, puis trouva moyen de s'évader et d'arriver jusqu'à Samarobrive, où était le proconsul.

Au moment où la dépêche partit du camp de Gicéron, il y avait plus d'une semaine que le siège était commencé ; il y avait au moins douze jours que le corps d'armée de Sabinus et de Cotta avait été détruit; et cependant César n'avait encore aucune nouvelle ni de l'un ni de l'autre événement : il ne les apprit que par la lettre de Cicéron. Ce fait, qu'on rejetterait comme incroyable, si César lui-même ne l'attestait S ne peut s'expliquer que par une interruption rigoureuse des communications dans les cités de la Belgique, même dans celles qui restaient encore paisibles; ce qui dénotait un accord effrayant pour les Romains entre presque toutes les nations du nord. Ala lecture de la dépêche, César fut saisi d'une violente douleur; il jura de ne plus couper sa barbe ni ses cheveux que le meurtre de ses deux lieutenants et le désastre de leur armée ne fussent pleinement vengés2. Sans perdre un moment, il partit au secours de Cicéron avec une légion qu'il tira des quartiers des Bellovakes, et il écrivit à celle qui hivernait chez lesAtrébates, et à T. Labiénus, de se mettre en marche, afin de le rejoindre sur la route; mais Labiénus lui-même se tenait sur la défensive. Les Trévires, animés par le succès des Éburons, avaient aussitôt chassé leur chef Cingétorix, et établi le patriote Indutiomar dans le suprême commandement; prenant ensuite les armes, ils étaient venus camper à quelques milles seulement du

i. Caes., Bell. Gall., v, 45, 46.

2. Audita clade Titurîana, barbam capillumque summisit, nec ante demsit quam vindicasset. Suet., Cœs., 07.

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