LIVRE VI. — CHAPITRE III
une seule des nations gauloises qui ne dût leur devenir 54 suspecte1, excepté deux pourtant, les Éduesetles Renies. César manda auprès de lui, l'un après l'autre, les principaux personnages de chaque cité, leur déclara ce qu'il savait et ce qu'il soupçonnait, les menaça, et en effraya quelques-uns. En même temps, ses instruments dévoués, les tyrans qu'il avait imposés en plusieurs lieux, s'efforçaient de comprimer l'esprit public par la violence. Cavarin, qu'il avait élevé sur les Senons, comme Tasget sur les Carnutes, déjà odieux, provoqua par un excès de rigueur un soulèvement populaire ; la multitude voulut le mettre en pièces; échappé à grand'peine, et poursuivi jusqu'aux frontières, il fut déclaré déchu de la royauté et à jamais banni du pays2. Gavarin se réfugia près de César, à Samarobrive, où arrivèrent bientôt des députés senonais qui venaient exposer au proconsul les crimes du roi, et justifier les magistrats et le peuple. César les reçut fort mal; et sous le prétexte d'aviser à une plus complète information, il leur ordonna de lui envoyer sur-le-champ tous les membres de leur sénat ; les Senons refusèrent 3.
Tandis que les choses se préparaient ainsi dans le centre de la Gaule, dans le nord, le Trévire Indutiomar ne cessait de provoquer les Germains à passer le Rhin,
1. Nullum fere totius hiemis tempus sine sollicitudine Caesaris intercessit, quin aliquem de conciliis ac motu Gallorum nuntium acciperet... Prseter ^Éduos et Remos... nulla fere fuit civitas non suspecta nobis. Caes., Bell. Gall., v, 53, 54.
2. Senones... Cavarinum, quem Caesar apud eos regem constituerai, interficere publico consilio conati, quum ille proesensisset ac profugisset, usque ad fines insecuti, regno domoque expulerunt. Id., ibid., 54.
3. Quum is omnem ad se senatum venire jussisset, dicto audientes non fuerunt. Id., ibid.
53 promettant de l'argent, exagérant les pertes éprouvées par les Romains dans la dernière guerre et les forces du parti national ; mais il eut peu de succès : le sort d'Arioviste et des Tencthères avait frappé de trop de terreur les tribus teutoniques. Indutiomar fit alors un dernier appel à l'énergie des Trévires: il convoqua le conseil armé de la nation ; c'était, comme on l'a vu, la proclamation d'alarme et l'ouverture d'une guerre à mort. Tous les hommes, jeunes ou vieux, en état de porter les armes devaient se rendre à ce conseil, et le dernier venu était supplicié à la vue de l'assemblée1. Le chef trévire faisait aussi à prix d'or des recrues de cavalerie chez les nations voisines; il appela même les déserteurs de toutes les contrées de la Gaule, et les bannis 2, qui, chassés de leurs foyers pour leur haine contre l'étranger, errant dans les bois et les solitudes, étaient flétris par les Romains du nom de bandits et de malfaiteurs. A mesure que ces renforts arrivaient, Indutiomar les enrégimentait et les armait. Ce patriote infatigable partageait avec Vmbiorix tous les regards et toutes les espérances; de tous côtés on lui adressait des députations, soit privées, soit publiques, pour louer et animer son courage, pour ] (liguer son alliance, pour lui demander enfin de fixer le jour où l'étendard de la délivrance se lèverait à la fois sur toute la Gaule3.
i. Armatum concilium indicit (hoc more Gallorum initium est belli) quo, loge communi, omnes pubères armati convenire consuerunt : qui ex iis novissimus veuit, in conspectu multitudinis, omnibus cruciatibus affectus necatur. Caes., Bell. Gall., v, 56.
2. Exules damnatosque tota Gallia magnis praemiis ad se allicere cœpit. Id. ibid., 55.
3. Undique ad eum legationes concurrunt, gratiam atque amicitiam publiée privatimque petunt. Id., ibid.