‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 178 sur 454 · LIVRE VI. —CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. —CHAPITRE III

les légions se tenaient rangées en bon ordre au milieu 54 de l'enceinte, et César avait l'œil à tout.

L'infanterie gauloise, trompée par cet artifice, franchit le ravin, et se range en bataille de l'autre côté, quoique dans un lieu désavantageux; puis, voyant que l'ennemi ne paraissait même pas sur le rempart, elle approche et y fait pleuvoir une grêle de traits; en même temps, les chefs font publier par des hérauts « que qui- « conque voudra passer aux assiégeants, soit Romain, « soit Gaulois auxiliaire, le peut sans danger jusqu'à la « troisième heure; mais que, ce terme écoulé, il n'y aura « plus de quartier pour personne1. » Bientôt les Belges s'avancent jusqu'au pied des retranchements, que les uns commencent à saper, tandis que d'autres comblent le fossé. César attendait; il commanda une sortie générale par toutes les portes; l'irruption fut tellement vive, que les Gaulois, culbutés, mis en déroute, s'enfuirent laissant beaucoup de morts sur la place. César, profitant de cette première impression d'effroi, leva le camp, passa la vallée, et opéra sans aucune perte sa jonction avec Cicéron. Il trouva l'armée de ce général dans un état déplorable; à peine un dixième des soldats était sans blessure; il put juger par là du danger qu'elle avait couru2. Il ne vit pas non plus sans étonnement les travaux exécutés par les Gaulois, les tours, les tortues, les remparts qu'ils avaient élevés 3, et cette vue ne laissa

1. Prœconibus circummissis, pronuntiari jubent : « Seu quis Gallus, « seu Romanus velit ante horam tertiam ad se transire, sine periculo h licere; post id tempus non fore potestatem. » Ges., Bell. Gall., 1. v,

2. Legione producta, cognoscit non decimum quemque esse relictum tnilitem sine vulnere. Id., ibid., 52.

3. Institutas turres, testudines munitionesque hostium miratur. Id.,

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pas que de lui causer de l'inquiétude pour l'avenir.

La nouvelle de la victoire de César et de la délivrance de Cicéron fut portée à Labiénus par les Rèmes avec une extrême rapidité. Son camp était éloigné de soixante milles de celui de Cicéron, où César n'était arrivé qu'après la neuvième heure * ; néanmoins les acclamations des Rèmes s'élevèrent aux portes du camp avant minuit, et instruisirent Labiénus du triomphe du proconsul. Indutiomar, qui le lendemain devait attaquer le quartier de Labiénus, fit retraite aussitôt pendant la nuit, et licencia ses troupes. La même nouvelle produisit un effet pareil sur l'insurrection de l'Armorike. Déjà les forces armoricaines réunies n'étaient plus qu'à huit milles de la treizième légion, lorsque, au bruit de ces événements, elles se débandèrent et disparurent2.

La Gaule sembla avoir déposé les armes encore une fois; mais cette trêve menaçait d'être courte, et César ne s'y fiait pas. Il forma trois camps, d'une légion chacun, autour de Samarobrive, où il se proposait de passer l'hiver. Les événements dont la Belgique venait d'être le théâtre continuaient d'occuper les esprits ; l'agitation se faisait ressentir jusque dans les cités les plus éloignées. De toutes parts on s'envoyait des messages; on se sondait mutuellement; on concertait ce qu'il convenait de faire, si l'on recommencerait la guerre, à quel moment, sur quel point. Des assemblées nocturnes se tenaient au fond des bois et dans les lieux écartés ; en un mot, il ne se passa pas un seul jour de tout cet hiver que les Romains ne reçussent quelque avis inquiétant; et il n'y eut pas

ibid. — Cf. Plut., Caes., 7-11. — Dio, xl, 24. — Oros., vi, 20. — Frontin., Stratag., m, 17. — Polysen., vin, 23.

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