‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 193 sur 454 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Rapines de César et vénalité des Romains ; anarchie violente dans Rome. — Grande conjuration des cités gauloises; Génabum donne le signal. — Vercingétorix est nommé généralissime de la ligue gauloise. — Sixième campagne contre les Gaulois : retour de César; ses manœuvres; il débloque Labiénus. — Il surprend et saccage Génabum. — Héroïsme des Bituriges; ils brûlent leurs villes. — Siège d'Avaricum. — Talents militaires, éloquence, noblesse d'âme de Vercingétorix ; il est accusé de trahison et absous. — Sac d'Avaricum.

Depuis sept années que César faisait la guerre en 52 Gaule, il avait marché lentement, mais sûrement, au grand but de son ambition personnelle. Son armée, compagne de ses fatigues et de sa gloire, était plus à lui qu'à la république; et l'éclat de cette gloire avait effacé les triomphes vieillis de Pompée. De tous les grands capitaines dont Rome se glorifiait, Marius était le seul dont le nom parût encore digne d'être prononcé à côté du nom de César : « Encore, disait-on, C. Marius arrêta un « déluge de Gaulois qui débordait sur l'Italie, mais il ne

« pénétra point dans leur pays, il ne subjugua point « leurs villes : C. César n'a pas seulement repoussé, il a « fait une guerre gauloise1. La nature avait placé les « Alpes entre l'Italie et la Gaule comme une barrière « contre les nations barbares; César a donné pour fronce tières à notre empire les limites mêmes de la Gaule2.» Toutefois la puissance de l'enthousiasme n'était pas la seule que César appelât au secours de. son ambition ; il avait en main un autre ressort non moins puissant, l'argent. Rien n'égalait à cette époque la vénalité des Romains, si ce n'est la rapacité de leur proconsul. Son séjour de six années en Gaule n'avait été qu'un long brigandage: terres alliées ou ennemies, lieux sacrés ou profanes, trésors privés ou publics, il dépouillait tout : un de ses historiens l'énonce en termes formels, et le détail de ses campagnes ne le prouve malheureusement que trop; il mettait souvent les villes au pillage sans nécessité, dans le seul but de satisfaire son avarice3. Aussi les richesses qu'il amassa furent-elles immenses. Avec le produit de ses rapines, non-seulement il entretenait son armée et levait de nouvelles troupes, payait des dettes énormes qu'il avait contractées autrefois en Italie, acquittait les dettes de ses officiers, fournissait par des gratifications à leurs débauches et à celles des soldats; mais l'or coulait non moins généreusement à Rome, dans le sénat et

1. Ule ipse C. Marius... influentes in Italiam Gallorum maximas copias repressit; non ipse ad eorum urbes sedesque penetravit... Bellum gallicum, C. Cœsare imperatore, gestum est, antea tantummodo repulsum. Cic, de Provinc. consulat', 13.

2. Nunc denique perfectum est, ut imperii nostri terrarumque illarum idem esset extremum. Id., ibid.

3. In Gallia fana templaque Deum donis referta expilavit; urbes diruit, sœpius ob prœdam quant ob delictum. Suet., Cœs., 54.

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