LIVRE VII. — CHAPITRE I
dans les comices ; et pour achever d'éblouir la multitude, 52 il faisait bâtir un Forum entouré de portiques en marbre, augmenté d'une villa publique1, et dont l'emplacement seul était évalué à plus de vingt millions cinq cent mille livres de notre monnaie2. Cicéron n'eut pas honte de s'entremettre dans ces honteuses prodigalités et de diriger les travaux ordonnés par le proconsul ; et. aucun autre sentiment ne lui vint, que celui d'attacher son souvenir à un monument qui devait embellir Rome : « Nous faisons là une chose bien glorieuse 3 ! » écrivaitil à son plus intime ami. Mais c'était auprès de César, quand il allait tenir sa cour à Lucques et à Pise, pendant les repos de la guerre, c'était là que se déployait avec tous ses scandales la vénalité des consciences romaines. Des consuls, des tribuns du peuple, des sénateurs, accouraient se marchander et se vendre. La neutralité d'un consul coûta à l'ambitieux proconsul plus de huit millions4 de notre monnaie, et plus de douze la connivence d'un tribun5.
Les circonstances dans lesquelles la république se trouvait à la fin de l'année 53, étaient ou très-encourageantes ou très-menaçantes pour les projets de César. L'anarchie la plus violente régnait dans la ville, et suspendait la nomination des consuls ; le Forum était ensanglanté chaque jour; et l'un des plus zélés partisans de César venait d'être assassiné par un homme dévoué
1. Adjungetur huic operi villa etiam publica. Cic. ad Attic, iv, 15.
2. Cujus area super H. S. millies constitit. Suet., Cses., 26. — Plin., xxxvi, 24. — Le sesterce, comme nous l'avons déjà dit, est évalué à 20 c. 1/2.