LIVRE V. — CHAPITRE I
ses chariots par delà le Cœnus en deux quartiers séparés : celui des Ambrons, placé très-près de la rivière, était en même temps le plus rapproché de la ville. Marius ne tarda pas à arriver; et, suivant sa tactique ordinaire, il vint prendre position sur une colline isolée qui s'élevait entre la ville et les campements barbares, et dominait tout le vallon. Il aperçut de là les Ambrons et les Teutons qui, dispersés autour de leurs quartiers, s'abandonnaient sans prévoyance à toutes les séductions du lieu ; les uns se baignaient dans les ruisseaux d'eaux thermales, ou "dans le fleuve; les autres mangeaient après le bain ou dormaient, et le plus grand nombre étaient ivres1.
La colline sur laquelle Marius avait fait halte était d'une assiette très-forte, mais on remarqua qu'elle manquait d'eau : les soldats s'en plaignirent. « Vous êtes des a hommes, leur dit Marius en leur montrant la rivière « qui coulait à leurs pieds ; voilà de l'eau qu'il faut « échanger contre du sang2. » — « Mène-nous donc au « combat, s'écria un d'entre eux, avant que ce sang soit « desséché dans nos veines! » — « Oui, repartit le gé- « néral avec douceur-, mais avant tout, fortifions notre « camp3. » Les soldats se turent et se mirent au travail; et pendant ce temps les esclaves et les domestiques, qui n'avaient d'eau ni pour eux ni pour leurs bêtes de somme, descendirent à la rivière, armés comme ils purent de cognées, de haches, d'épées, de piques, et portant des cruches pour puiser. Ils surprirent quelques ennemis
1. "Etv-/ov àjJtdTwvTeç oi 7roXXot (iexà Xoutpôv, 61 os iXoûovTO" prjyvum yàçt aùxôOi vajxaxwv 6eû[j.wv T.r^à.z 6 /to^o:. Plut., in Mario, 19.
2. Si viri estis, en î 1 lie habetis. Flor., ni, 3. — Elvai tcotov wviav aï[j.a-o;. Plut., in Mario, 18.