LIVRE VIL —CHAPITRE IL
plétement; craignant qu'il ne cachât quelque ruse, ils 52 hésitèrent, se troublèrent, et finirent par tourner le dos et descendre la montagne en pleine déroute. Aucun d'eux peut-être n'eût échappé aux sabres gaulois sans César et la dixième légion, qui continrent les Arvernes et protégèrent la retraite. Pressée elle-même de toutes parts, et presque cernée, cette légion fut un moment dans le plus grand péril; et il fallut que la réserve, aidée par les fuyards qui se ralliaient successivement au bas de la colline, accourut pour la dégager. Vercingétorix continua la poursuite jusqu'aux portes du camp, qu'il n'entreprit pas de forcer, car les siens étaient fatigués, et il savait trop à quel ennemi il avait affaire ; satisfait de sa victoire, il ramena donc ses troupes autour de la ville. Les pertes des Romains avaient été considérables : quarante-six centurions restaient sur le champ de bataille1.
Après un tel échec, la retraite immédiate aurait eu l'apparence et tous les inconvénients d'une déroute : quelque impatience qu'eût César de se réunir à Labiénus, il jugea donc prudent de demeurer encore deux jours devant la place. Ces deux jours, il les employa à ranimer les légions par ses discours, et à provoquer quelques petits combats de cavalerie autour de la montagne. Ayant eu le dessus dans deux de ces escarmouches, il crut avoir sauvé suffisamment l'honneur romain et remonté l'esprit de ses troupes; il leva le camp brusquement, arriva le troisième jour de marche au pont de l'Allier, le fit reconstruire et passa la rivière 2.
1. Quadraginta centurionibus amissis. Caes., Bell. GalL, vu, 51. — Suet., Caes., 25. — Dio, xl, 36, 38. — Sid. Apollin., Pauegyr. Avit., v. 150.