LIVRE VII.— CHAPITRE IL
« pecter la foi jurée *, » César fit quelques objections, 52 ils insistèrent; César ne les retinl plus. Ce n'est pas qu'il fût sans inquiétude sur leurs projets réels; mais il sentait combien il était dangereux de violenter ces troupes au moment d'entrer dans leur pays. Il feignit donc à tous égards une entière confiance, rappela aux deux jeunes chefs ses titres à leur reconnaissance personnelle, ses titres à la reconnaissance des Édites, puis il les congédia.
L'inquiétude du proconsul était fondée, et même beaucoup plus qu'il ne le pensait, La cavalerie éduenne partit à toute bride, se dirigeant vers Noviodunum afin de s'emparer du pont et de le rompre. Éporédorix avait eu la principale part dans cette détermination : repentant de sa conduite passée et désireux de la faire oublier, il avait voulu donner à l'indépendance nationale des gages . prompts et éclatants ; et Virdumar n'avait point reculé. Leur défection devait mettre l'armée romaine dans la position la plus critique ; car la Loire, grossie par la fonte des neiges et par des pluies excessives, coulant alors à pleins bords et couvrant les gués ordinaires, César se trouverait enfermé, sans subsistances, dans un pays horriblement saccagé, au milieu d'une population ardente de vengeance, arrêté, d'ailleurs, sur ses derrières, par Vercingétorix et farinée victorieuse. Tout réussit d'abord comme les Gaulois l'avaient espéré : tombant à fimproviste sur Noviodunum, ils s'emparèrent de la place et de la garnison romaine qui l'occupait, et coupèrent le pont. Noviodunum, la seconde des villes éduennes pour la richesse et l'importance, servait à Cé-
1. Opus esse et ipsos antecedeve ad confirmandani civitatem. Caes., Bell. Gai!., vu, 54.
52 sar de principal magasin et d'arsenal : sa caisse, ses bagages, ses vivres, ses otages et des armes y étaient déposés; il y avait aussi placé les chevaux de remonte qu'il tirait d'Espagne etd'Italie *. Les habitants s'armèrent et se mêlèrent aux soldats; dans l'effervescence qui les transportait, ils ne firent point de quartier : la garnison romaine fut massacrée jusqu'au dernier homme ; les marchands et les voyageurs italiens qui se trouvaient à Noviodunum partagèrent le même sort; l'argent fut pillé, les chevaux distribués aux cavaliers, les grains enlevés, les otages conduits à Bibracte et remis entre les mains des magistrats. Éporédorix, désespérant de pouvoir défendre la place, si César parvenait à passer le fleuve, y mit le feu, afin qu'elle ne retombât pas en son pouvoir2. La population campa armée sur la rive, tandis que la cavalerie, parcourant les campagnes, forçait les paysans à se lever en masse pour empêcher le passage de la Loire 3. César arriva bientôt vis-à-vis de Noviodunum, et voyant ce qui s'y était fait, il continua sa marche. Il redoubla de vitesse, afin que, s'il était obligé de construire un pont, il pût livrer bataille avant que des troupes plus nombreuses défendissent l'autre bord. Il ne changea rien à ses plans et ne songea point à se retirer dans la Province. Quelque fâcheuse que fût sa situation, plusieurs motifs lui interdisaient ce parti : d'abord la honte et les dangers de la retraite, la présence des Arvernes sur ses der-
1. Hue Csesar omnes obsides Galliœ, frumentum, pecuniam publicam, suorum atque exercitus impedimentorum magnam partem contulerat; hue magnum numerum equorum, hujus belli causa, in Italia atque Hispania coemptum miserat. Caes., Bell. Gall., vu, 55.
2. Oppidum, quod ab se teneri non posse judicabant, ne cui esset usui Romanis, incenderunt. Id., ibid.