‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 26 sur 454 · LIVRE V. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE I

Déjà les soldats étaient rangés, suivant l'usage , autour du bûcher, couronnés tous de branches de laurier; et le consul, dans l'appareil le plus solennel, élevant à deux: mains vers le ciel une torche enflammée, allait mettre le feu, lorsqu'on vit des courriers arriver à toute bride ; ils apportaient la nouvelle de l'élection de Marius nommé consul pour la cinquième fois. Ce fut un nouveau sujet de joie-, et, au milieu des acclamations qu'accompagnait le cliquetis des armes, au milieu des couronnes qui plcuvaient sur lui de toutes parts, le vainqueur des Ambro-Teutons approcha la flamme, et acheva le sacrifice l.

Tous les cantons de la Gaule habités par les Romains, et Eaux-Sextiennes était du nombre, applaudirent avec enthousiasme à la victoire de Marius. Ce fut à qui s'attacherait un souvenir de sa gloire : les lieux où il avait combattu, ceux où il avait campé s'empressèrent à l'envi d'adopter son nom. On éleva à l'extrémité du Champ-Putride, du côté d' Eaux-Sextiennes, une haute pyramide, dont les bas-reliefs représentaient Marius, debout sur un bouclier, soutenu par des soldats, et dans l'attitude d'un général proclamé imperator 2. Un temple fut construit et dédié à la Victoire, sur le sommet d'une petite montagne qui bornait les plaines vers le levant, et où, selon toute apparence, Marius avait offert son sacrifice d'actions de grâces. Ce sacrifice même fut perpétué. Tous les ans, au mois de mai, la population du pays se rendait en grande pompe à la montagne, couronnée de fleurs et de bran-

i. Plut., in Mario, 22.

2. Le monument était encore entier au xve siècle ; et le village de Pourrières avait pris pour armoiries la scène représentée sur le bas-relief, — Voir le mémoire déjà cité de M. Fauris de Saint-Vincent.

ches d'arbres, au son des instruments de musique , et enseignes déployées; là on allumait un feu de joie auquel répondaient d'autres feux allumés sur les coteaux environnants. Le christianisme n'abolit pas cette fête, mais il en changea le caractère : une patronne du nouveau culte fut installée dans le vieux temple, qui devint l'église de Sainte-Victoire l. Cependant l'idée traditionnelle d'un grand danger surmonté dans ce lieu, d'une grande bataille dont il aurait été le théâtre , se conserva dans l'esprit du peuple, complètement distincte des légendes sur les miracles de la sainte. Le matelot provençal, près d'entrer dans la rade de Marseille, montrant au voyageur le sommet lointain de la montagne, lui dit encore aujourd'hui, comme disaient ses ancêtres d'Arélate ou de Fosse : « Voilà le temple de la Victoire 2 ! »

Tandis que la division ambro-teutone trouvait une fin si malheureuse au pied des Alpes maritimes, lesKimris et les Tigurins traversaient lentement l'Helvétie et le Noriqne; ils arrivèrent à la fin de l'hiver aux gorges tridentines. Là, ils se partagèrent3 : les Tigurins restèrent sur le haut des monts comme corps de réserve, pour garder les passages, protéger la retraite ou porter secours au besoin ; les Kimris, descendant le revers méridional, pénétrèrent dans la vallée de l'Adige. Par un froid encore rigoureux, dit un historien, on les voyait

i. Cette procession n'a cessé qu'à la révolution française. — Consulter pour les détails M. de Saint-Vincent et la Statistique des Bouchesdu-Rhône.

2. Lou deloubre de la Vittori. On voit encore des ruines de ce temple près d'une ferme qui a retenu le nom de Deloubre. Statist. des Bouchesdu-Rhùne. — Mémoire de M. Saint-Vincent.

3. Tertia Tigurinorum manus, quasi suhsidio, noricos Alpium insedit tunuilos. Flor., m, 3.

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