‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 27 sur 454 · LIVRE V. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE I

courir presque nus parmi les neiges et les glaces, ou s'asseoir sur leurs boucliers et s'abandonner ensuite aux pentes les plus roides, glissant à travers les précipices et les crevasses1. Le proconsul Gatulus, chargé de la défense de la frontière, fit retraite à leur approche, et, sétant réfugié derrière l'Adige, prit position vers son cours moyen. Il existait à l'endroit où se retrancha Catulus un pont de bois protégé sur la rive gauche du fleuve par un petit fort : le proconsul distribua ses troupes partie dans ce fort, partie dans son camp placé à l'autre extrémité du pont. Les Kimris se souciaient peu d'entreprendre un siège en règle ; au lieu d'attaquer le fort, ils cherchèrent à franchir l'Adige, d'abord à gué, et n'y pouvant réussir à cause de l'impétuosité du courant, ils y roulèrent d'énormes rocs sur lesquels ils jetèrent des arbres, des fascines et de la terre. Ayant entassé, suivant l'expression d'un historien, toute une forêt2, par ce pont immense ils atteignirent la rive opposée. Les légions du camp retranché s'enfuirent aussitôt, le général à leur tête, et dans leur frayeur ne s'arrêtèrent que de l'autre côté du Pô, abandonnant à la discrétion de l'ennemi la garnison de leur fort. Celle-ci se défendit avec une opiniâtreté héroïque, et inspira aux Kimris une telle estime, qu'ils lui accordèrent une honorable capitulation. Le traité futjuré sur un taureau d'airain, espèce de divinité que la horde traînait avec elle dans ses courses vagabondes3. Les Kimris se répandirent alors par toute la Transpadane, que personne ne leur disputait plus.

1. Per hiemem quœ altius Alpes levât... jugis provoluti ruina desccnderaut... Flor., m, 3. — Plut., in Mario, 23.

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