LIVRE VIII. - CHAPITRE I
Dix -sept galères, dont onze pontées, composèrent 49 l'escadre massaliole ; on y joignit nombre de bâtiments légers montes par des archers ou par les montagnards stipendiaires; Domitius se réserva quelques vaisseaux qu'il chargea des pâtres et des esclaves qu'il avait amenés avec lui; et les forces navales sortirent du port. Brutus avait pris position devant l'île située vis-à-vis ; il appareilla en vue de l'ennemi, et l'action fut bientôt engagée1. La flotte romaine était fort inférieure à celle de Massalie par le nombre des navires; mais César y avait placé l'élite des légionnaires et des centurions , qui d'euxmêmes s'étaient offerts à ce service, et chaque vaisseau contenait une abondante provision de grappins, de harpons en fer, de javelots et de traits de toute espèce. On combattit de part et d'autre avec courage etacharnement. Les Albikes ne le cédaient nullement aux légionnaires romains pour la bravoure. Ces durs et sauvages montagnards, vieillis dans la guerre, avaient l'esprit exalté par les promesses brillantes des Massaliotes, et les esclaves de Domitius, gens féroces, animés par l'espérance de la liberté, tâchaient de la mériter en combattant sous les yeux de leur maître. Les Massaliotes euxmêmes, marins habiles, savaient, par l'art de leurs pilotes et la légèreté de leurs vaisseaux, éviter le choc des galères romaines, et braver les tentatives d'abordage; s'étendant par leurs ailes, autant que possible, ils enveloppaient l'ennemi; tantôt ils réunissaient plusieurs bâtiments contre un seul, tantôt ils essayaient de briser ses rames en le rasant bord à bord. Étaient-ils contraints d'en venir à l'abordage, la force et la valeur des Albikes remplaçaient la science et les habiles évolutions des
A. Cœs., Bell, civ., i, 56, 57.
49 pilotes grecs. Moins exercés à manier la rame et le gouvernail, sous ce rapport les Romains avaient le dessous; leurs hommes connaissaient à peine les termes de la manœuvre, et leurs bâtiments, construits avec des bois verts , gênaient par leur poids et la lenteur de leurs mouvements : mais dès qu'on pouvait en venir aux mains, la tactique romaine retrouvait ses avantages. Un de leurs vaisseaux ne craignait pas d'avoir affaire à deux vaisseaux ennemis à la fois et de les combattre bord à bord. Après les avoir saisis et fixés avec des grappins, les légionnaires s'élançaient sur le pont, tuaient les Albikes et les pâtres, et coulaient bas les navires. Plusieurs furent enlevés avec leurs équipages, le reste fut repoussé dans le port; les Massaliotes perdirent en tout neuf galères1.
Animé par ce succès de la flotte, Trébonius résolut d'attaquer par le continent, avec terrasses, tours et mantelets, sur deux points : le premier, vers le port et l'arsenal; le second, à l'ouest vers le lieu où les routes d'Espagne et des Gaules aboutissaient à la Méditerranée. Massalie, comme on l'a vu dans les récits précédents, ceinte de trois côtés par la mer, ne tenait au rivage que par un promontoire étroit que coupaient sur toute sa longueur un mur flanqué de tours et une citadelle. Dans la partie voisine de la citadelle, l'escarpement naturel du lieu et les travaux faits de main d'homme rendaient toute entreprise longue et difficile. L'exécution de ces travaux exigeant un grand nombre de manouvriers et de bêtes de somme, Trébonius en fit venir de toutes les parties de la Province, et rassembler les matériaux, bois et osiers nécessaires : ces mesures exécutées, il