LIVRE VIII. —CHAPITRE I
les Pompéiens avaient réuni de grandes forces. Entré si dans la Narbonnaise par les Alpes maritimes, il ne rencontra aucune opposition jusqu'à Massalie; mais, à son approche, cette ville ferma ses portes. César aussitôt demanda une conférence, et le conseil des Quinze se rendit près de lui dans son camp. Le proconsul accueillit bien les magistrats massaliotes, et son discours affecta plus de bienveillance que de colère; il les exhorta à ne pas commencer la guerre les premiers. « Votre devoir, « comme votre intérêt, leur dit-il, est de vous ranger du « parti de toute l'Italie, et non pas de servir les passions « d'un seul homme1. L'Italie et Rome sont pour moi et « avec moi : réfléchissez. » Les magistrats, de retour dans la ville, exposèrent à l'assemblée des Six-Cents les demandes du général romain, et bientôt ils rapportèrent cette réponse : « Nous comprenons que les Romains « sont divisés en deux partis, et que nous n'avons ni le « droit ni les moyens de juger de quel côté est la « justice. Les chefs de ces partis opposés sont César et « Pompée, tous deux protecteurs et patrons de cette « ville : l'un a agrandi nos domaines par ses concessions « chez les Helves et les Arécomikes ; l'autre nous a « accordé dans la nouvelle province des avantages non « moins précieux. A des bienfaits égaux nous devons « une égale reconnaissance. Qu'il nous soit donc permis « de garder une entière neutralité, et de ne recevoir « dans nos murs ni Pompée ni César2. »
Ces protestations pacifiques étaient peu sincères et
1. Debere eos Italise totius auctoritatem sequi potius quam unius hominis voluntati obtemperare. Cses., Bell, civ., i, 35.
2. Quare paribus eorum beaeficiis parem se quoque voluntatem tribuere debere, et neutrum eorum contra alterum juvare, aut urbe et portubus recipere. Id., loc. cit.
49 ne trompèrent point César, car il savait que Pompée, en quittant Rome, avait fait partir en avant, comme ses émissaires, de jeunes nobles massaliotes, pour exhorter leurs compatriotes à ne pas oublier sa constante amitié; il savait aussi que rassemblée des Six-Cents avait appelé dans la ville de nombreuses recrues de montagnards albikes , ramassé du blé des pays voisins, établi des fabriques d'armes, réparé les murs, les portes et les navires1. En effet, pendant les conférences du proconsul avec les magistrats massaliotes, un des lieutenants de Pompée, Domitius, que le sénat avait, quelques mois auparavant, nommé gouverneur de la Gaule en remplacement de César, arrive avec sa flotte; il est reçu dans le port et en prend le commandement; on lui défère la conduite de la guerre ; les vaisseaux sont mis sous ses ordres, et vont de tous côtés rassembler et ramener les bâtiments de transport. César, irrité, fit approcher trois légions, construire des tours et des mantelets, et équiper à Arélate douze galères : en trente jours tout fut prêt. Les galères mises à flot et arrivées dans le voisinage de Massalie, il en donna le commandement à D. Brutus, laissa à C. Trébonius la conduite du siège, et partit pour l'Espagne2.
Pendant ces préparatifs de César, Massalie poussait les siens avec non moins de vigueur; elle tira encore, des montagnes dès Albikes, de nouvelles bandes qui furent introduites par mer dans ses murs ; et des émissaires parcourant, l'or à la main, les territoires des Allobroges et des Volkes, excitèrent ces peuples à la guerre.