LIVRE V. — CHAPITRE I
La cavalerie kimrique engagea l'action : au lieu de 101 charger de front, elle inclina vers sa droite, dans le dessein de tourner l'aile gauche romaine et de l'envelopper ensuite ; cette manœuvre trompa les Romains ; croyant que leur ennemi lâchait déjà pied, les légions du centre poussèrent en avant pour le poursuivre. Mais à Tinstant même l'infanterie des Kimris s'ébranlant avec vivacité se développa en demi-cercle ; on eût cru voir, dit le biographe de Marius, s'avancer et se répandre une mer soulevée *- Un coup d'œil suffit aux généraux romains pour mesurer la grandeur du péril ; mais ils ne purent retenir leurs soldats. Marius, pour raffermir celles des légions qui n'étaient pas encore compromises, employa toutes les ressources de son autorité et de son génie; il les rassurait, il leur rappelait leur ancienne gloire, il faisait parler la religion. Un devin qui l'accompagnait lui ayant montré les entrailles d'une brebis qu'il venait de sacrifier : « La victoire est à moi ! » s'écria le consul, comme inspiré, et voyant que ses soldais avaient retrouvé l'ardeur et la confiance , il se précipita avec eux dans la mêlée8.
On ne sait plus rien de la bataille, si ce n'est qu'elle fut longue, sanglante et favorable aux Romains; la poussière par moments était tellement épaisse, que des divisions entières s'égarèrent ; de l'aveu même des écrivains romains, cette poussière et l'accablante chaleur du jour . eurent la plus grande part à la victoire 3. Boïorix resta
acie conversa in orientem, ut, quod ex captivis mox cognitum, ex splendore galearum ac repercussu quasi ardere cœlum videretur. Flor., m, 3.