LIVRE V.— CHAPITRE I
« rius, qui sont-ils? » — « .Les Teutons, » répondirent 101 ceux-ci. Mais à ce mot, un rire général éclata sous la tente du consul. « Laissez là vos frères, s'écria le Romain, « ils ont des terres; nous leur avons donné un établisse- « ment pour l'éternité ! »
Cette raillerie blessa au vif les envoyés; ils menacèrent Marins d'un double châtiment, d'abord par les mains des Kimris, ensuite par celles des Teutons aussitôt qu'ils seraient arrivés. « Ils le sont, répliqua le consul, « et je ne vous laisserai pas partir sans que vous vous a soyez embrassés. » En même temps il fit signe qu'on amenât Teutobokhe et les autres chefs ambro-teutons : des licteurs les amenèrent chargés de chaînes.
Cette entrevue ne pouvait plus laisser aux Kimris ni doute ni espérance, il leur fallut se décidera combattre. Boïorix avec une escorte de cavalerie se rendit aux avantpostes romains, demandant au consul quel jour et quel lieu il voulait choisir, « afin de décider, disait-il, au- « quel des deux appartiendrait l'Italie. » Marius répondit « que ce n'était pas l'usage chez les Romains de prendre « conseil de l'ennemi, lorsqu'il fallait combattre ; mais « que lui, il y dérogerait volontiers en faveur des Kim- « ris, » et les deux chefs convinrent que la bataille se donnerait le troisième jour (c'était le~30 du mois de juillet) dans le champ Raudius, champ immense situé près de Vercellœ, commode aux Romains pour les manœuvres de leur cavalerie, aux Kimris pour le déploiement de leurs masses d'infanterie *.
Le troisième jour donc, aux premières lueurs de l'aube, les Romains sortirent de leur camp. Un ventvio-
1. IIspî BepxéXXoç. Plut., in Mario, 25. — In patcntissimo quem Raudium vocant campo. Flor., ni, 3. — Paterc, u, 12.
îoi lent, qui soufflait de l'est, soulevait la poussière de la plaine en si grande abondance que, par intervalles, le ciel s'en trouvait obscurci. Marins courut prendre position à l'orient, afin de tirer parti, s'il était possible, et de la direction du vent et de celle du soleil. L'infanterie des Kimris se forma en masse compacte. Par une précaution étrange, les bommes des premiers rangs s'attacbèrent les uns aux autres avec des chaînes de fer fixées à leurs baudriers, soit que cette invention leur semblât donner plus de solidité à leur ligne de bataille, soit qu'ils voulussent se retrancher d'avance tout moyen de fuir1. La cavalerie, forte de quinze mille hommes, se faisait remarquer par la magnificence sauvage de son équipement. Les casques, qui figuraient grossièrement des gueules et des mufles d'animaux effrayants ou bizarres, étaient surmontés d'ailes d'oiseaux ou de panaches en forme d'ailes d'une hauteur démesurée, grandissant encore la taille des hommes et leur prêtant un aspect gigantesque2. Leurs armes consistaient en une cuirasse de fer poli, un bouclier blanc et luisant, un long sabre et un épieuà deux pointes. L'armée et le camp de chariots avec tout le matériel de la horde occupaient trente stades carrés, environ une de nos lieues. A peine furentils rangés, que les inconvénients sur lesquels Marins avait compté les vinrent assaillir ; tantôt une poussière brûlante les frappait au visage et les aveuglait; tantôt c'était le soleil qui, rendu plus éblouissant par le reflet des armures romaines, les empêchait d'apercevoir les mouvements des légions3.