LIVRE VIII. — CHAPITRE I
son père ; mais après la consolidation de sa puissance, 36 il fallut bien qu'il mît de l'ordre dans cette possession du peuple romain, et qu'il l'organisât sur le même pied que les autres fractions de l'Empire.
Ce fut alors que les innombrables difficultés se manifestèrent, et la république romaine s'aperçut que les cités chevelues n'étaient nullement résignées à la dépendance. Le consul M. Agrippa, chargé de cette organisation, ne fut occupé, pendant tout le temps de sa mission, que de répressions violentes et de guerres, du nord au midi. Il porta ses armes dans l'Aquitaine soulevée tout entière * ; rappelé bientôt vers le Rhin , il courut le défendre contre les bandes germaniques que les sollicitations des Gaulois, leurs propres querelles et le pillage amenaient sur l'autre rive. Les Ubes avaient déjà traversé ; Agrippa leur permit de rester et de s'établir le long du fleuve, partie sur le territoire des Trévires, partie sur celui des Ménapes2. Il concéda aux Tungres, autre tribu germanique, ces terres rendues désertes par l'anéantissement des Éburons 3, ces ruines ensanglantées, tombeau de tout un peuple. Agrippa fut le fondateur du système continué et développé après lui, qui consistait à peupler la frontière gauloise de Germains chassés par les bouleversements de leur pays, ou faits prisonniers dans les guerres. Rome créait ainsi sur le point le plus vulnérable de sa province une population belliqueuse, ennemie des autres Germains, non moins ennemie de la race gauloise, avec laquelle elle ne se confondait point, et dévouée au gouvernement de qui elle