LIVRE V. — CHAPITRE I
guise de trophée, au bout de leurs piques, ces têtes avec 101 leur longue chevelure ensanglantée : ce genre de mort leur parut trop honteux, dit un historien, et elles résolurent de le prévenir. Les unes donc se frappèrent de leurs propres armes, ou se jetèrent à grands coups de hache sur leurs compagnes-, d'autres s'étranglèrent avec les courroies des chars ; on en vit s'élancer sous les pieds des chevaux, ou sur les cornes des bœufs qu'elles excitaient avec la pointe de leurs armes. Des mères écrasèrent leurs enfants contre le timon ou sous les roues des chariots ; une d'elles fut trouvée pendue à un poteau élevé, ayant ses deux petits enfants pendus à ses pieds1. Quand les Romains voulurent pénétrer au milieu de ces scènes d'horreur, un nouvel ennemi les vint assaillir; c'étaient les chiens de la horde2; ils furent exterminés à coups de flèches. — Ainsi finit la seconde de ces bandes terribles qui avaient ravagé presque tout l'Occident, conquis une partie de l'Italie, battu sept fois les armées romaines, et ajouté un jour de plus aux anniversaires funestes de Rome. Les Tigurins cantonnés sur les hauteurs des Alpes, apprenant ces nouvelles, regagnèrent le Norique, et, après avoir commis çà et là beaucoup de déprédations, retournèrent dans l'Helvétie3.
Quant aux six mille Kimris de la garnison d'Aduat, malgré la défaite de leurs compatriotes, ils ne quittèrent point le lieu qui leur avait été cédé. Ils eurent bien avec les tribus voisines quelques démêlés, attaquant et se défendant tour à tour; mais enfin la paix se fit d'un com-