‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 332 sur 454 · LIVRE VIII. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE II

ces cavaliers se laissa entraîner, mais la plupart résis- 21 tèrent. Après cette tentative malheureuse, le chef trévire réunit ses clients et ses débiteurs, et chercha à gagner avec eux la forêt des Ardennes1, afin de s'y retrancher et d'y former un foyer d'insurrection ; mais les légions du haut et du bas Rhin, arrivant par des chemins opposés, lui fermèrent le passage. En même temps, Julius Indus, compatriote et ennemi personnel de Florus, par là même plus ardent à servir les Romains, se mit à la tête de la cavalerie fidèle, chargea cette multitude d'insurgés en désordre, et la dispersa facilement2. Florus, caché dans le fond des bois, trompa quelque temps les recherches du vainqueur; voyant enfin toutes les issues, autour de sa retraite, occupées par des soldats, il se tua de sa propre main. L'insurrection du nord finit avec lui.

Dans les cités du centre, le mouvement fut plus grave, par la double raison de la puissance de ces peuples et de l'éloignement des légions. Les cohortes éduennes disciplinées , troupe auxiliaire de réserve , et seule force armée que les Romains tolérassent dans le pays, se déclarèrent pour Sacrovir. S'étant emparées d'Augustodunum (l'ancienne Bibracte), elles y proclamèrent l'affranchissement de la Gaule. Il y avait, comme on sait, dans cette ville une école célèbre, où la jeune noblesse gauloise venait étudier la langue et les sciences des Romains3; il s'y trouvait aussi un gymnase pour les crupellaires, esclaves publics affectés au métier de gladiateurs, et qui

1. Aliud vulgus obaeratoruiii aut clientium arma cepit : petebantque saltus, quibus nomen Arduenna... Tac, Ann., m, 42.

2. Cum délecta manu Julius Indus, e civitate eadeni, discors Floro, et ob id navande operse avidior... Id., ibid.

3. Nobilissimam Galliarum sobolem, liberalibus studiis ibi operatam... Id., ibid., 43»

•21 combattaient revêtus d'une armure en fer d'une seule pièce. Cette armure, en leur enlevant le libre usage de leurs membres, les rendait impénétrables aux coups de leurs adversaires, mais incapables d'en porter euxmêmes1.

Le premier acte de Sacrovir fut d'enrôler la jeune noblesse des écoles; il n'y gagnait pas seulement des soldats, mais des otages qui lui répondaient de presque toutes les grandes familles de la Gaule. Il s'empara aussi des crupellaires. Les conjurés avaient fabriqué des armes en cachette2 : Sacrovir les distribua aux jeunes étudiants et aux habitants d'Augustodunum. Une foule de paysans et de peuple des villes éduennes accourut autour de lui, et il compta bientôt sous ses drapeaux jusqu'à quarante mille hommes; mais huit mille seulement portaient l'armure complète du légionnaire romain, le reste n'avait que des épieux, des coutelas et d'autres instruments de chasse. Ce noyau se grossissait encore chaque jour de volontaires des cités voisines, qui, sans autorisation publique, mais par une connivence tacite de leurs magistrats, accouraient servir les insurgés. Les Séquanes seuls se déclarèrent ouvertement et s'organisèrent à l'exemple des Ëdues3; les autres cités hésitaient ; bien que sincèrement dévouées à la cause de l'indépendance, elles voulaient pourtant at-

1. E servitiis gladiaturœ destinati, quibus, more gentico, continuura ferri tegimen (crupellarios vocantjinferendis ictibus inhabiles, accipiendis inipenetrabiles. Tac, Ann., m, 43. — La dénomination de crupellaire paraît avoir exprimé la gène imposée aux combattants par cette bizarre armure. Crup, en langue gaélique, signifie resserrer, et aussi rendre impotent; crupach crioplach, perclus, manchot: cripple, en langue anglaise actuelle.

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