‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 347 sur 454 · LIVRE VIII.— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VIII.— CHAPITRE III

ou de servitude éternelle ; il rappelait les noms de ces 44 vieux Bretons qui avaient chassé le dictateur César, qui à par leur valeur avaient préservé leur postérité des tributs et des haches, et conservé pur l'honneur de leurs femmes et de leurs enfants1. Chacune de ses paroles excitait un frémissement universel ; chaque soldat jurait par les dieux que ni traits ni blessures ne le feraient reculer d'un seul pas.

Les transports qui éclataient dans le camp breton tinrent en suspens le général romain : d'ailleurs cette rivière, ce rempart ajouté, ces monts à pic, toute l'horreur de ce lieu et de cette multitude sauvage, l'épouvantaient. Mais les légions demandèrent la bataille; les soldats criaient que « rien n'était insurmontable au courage, » et les préfets, les tribuns, tenant les mêmes discours, augmentaient encore l'enthousiasme de l'armée. Ostorius, voyant cette vive ardeur, fit sonner la charge, passa la rivière sans 'difficulté, et arriva au pied du rempart : l'échange mutuel de flèches et de traits commença. Tant qu'on se battit ainsi à distance, les blessés et les morts furent presque tous du côté des Romains. Mais sitôt qu'à l'aide de la tortue, ils eurent renversé cet amas de pierres entassées sans art, et que le combat se fut engagé de près sur un même niveau, les Bretons furent obligés de se replier sur le sommet des montagnes. L'ennemi les y poursuivit, non-seulement les troupes légères, mais jusqu'aux légionnaires mêmes, malgré le poids de leurs armes; les uns pressaient les fugitifs par l'agilité de leur course et par leurs traits, les

1. Vocabat nomina majoruni qui diclatorem Cœsarem pepulissent; quorum virtute vacui a securibus et tributis, intemerata coDJugum et liberorum corpora retinerent. Tac, Ann., xu, 34.

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44 autres par leur marche serrée; tandis qu'au contraire, à la confusion s'élait mise dans les rangs des Bretons, qui n'avaient ni casques ni cuirasses. S'ils faisaient face aux auxiliaires, ils tombaient sous l'épée et sous le javelot des légionnaires; s'ils tenaient tête à ceux-ci, le sabre et les javelines des auxiliaires les écrasaient. Ce fut poulies Romains une victoire signalée; ils prirent la femme et la fille de Caractac ; ses frères se rendirent à discrétion *. Lui échappa à la mort des braves, mais pour ne rencontrer partout dans sa retraite que pièges et que trahison. Il avait cru trouver un asile et l'hospitalité chez Cartismandua, reine des Brigantes ; il fut honteusement livré par elle et traîné, chargé de chaînes, au camp romain. C'était la neuvième année depuis que la guerre avait commencé en Bretagne : la renommée de Caractac avait franchi l'île, et pénétré en Italie. Rome était impatiente de voir le guerrier qui depuis tant de temps bravait sa puissance; et Claude, en. voulant rehausser sa gloire, augmenta celle de son captif. Il prépara, pour l'arrivée du Breton à Borne, une fête pompeuse-, le peuple y fut invité comme à un spectacle extraordinaire; les prétoriens, sous les armes, prirent place dans une plaine qui bordait leur camp. Les clients du roi insulaire, les harnais, les colliers et tous les trophées de ses victoires sur les étrangers, puis ses frères, sa femme et sa fille furent étalés d'abord aux regards de la multitude : enfin il parut lui-même. La crainte dicta aux autres prisonniers des prières pusillanimes : Caractac2, sans humilier ses regards, sans dire un mot qui pro-

1. Clara ea Victoria fuit, captaque uxore et filia Caractaci, fratres quoque in deditionem accepit. Tac, Ann., xir, 35.

2. At non Caractarns, aut vultu denrisso, aut verbis misericordiam requirens... Id., ibid., 36.

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