LIVRE MIL —CHAPITRE III
dépouillés des biens de leurs pères, et les parents ei mêmes du roi furent portés sur la liste des esclaves.
Ces atroces exécutions étaient à peine achevées, lorsque de nouveaux mouvements des insurgés de" l'ouest inquiétant plus vivement Suétonius Paullinus, lieutenant de Néron dans la province, il forma le projet de percer jusqu'à Mona, et d'y anéantir le foyer du fanatisme religieux et de la guerre. Après avoir mis en état les forteresses de la province et s'être assuré de places importantes chez quelques-uns de ses alliés, il partit avec la presque totalité de ses troupes *.
Des bords de l'Avon, Suétonius marcha à grandes journées, se dirigeant en masse serrée vers la côte des Ordovikes, qu'il atteignit presque à l'improviste, sans s'arrêter à chasser les montagnards, sans vouloir livrer bataiile. Arrivé sur la plage en face de Mona, il fit construire des bateaux plats, tels qu'il en fallait pour une mer entrecoupée de bas-fonds; il y mit son infanterie : sa cavalerie se jeta à la nage, ou prit un gué où les chevaux se trouvèrent avoir pied. Le rivage, bordé par l'armée bretonne, présentait comme une forêt d'armes et de soldats. Cà et là couraient des troupes de femmes, en appareil funèbre, les cheveux épars, portant dans leurs mains des torches enflammées ; et tout autour, des druides immobiles, les bras levés au ciel, prononçaient avec solennité d'horribles imprécations 2.
L'étrangeté de ce spectacle frappa les soldats romains : à les voir glacés par la peur , sans mouvement,