‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 351 sur 454 · LIVRE VIII. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE III

gardés tous les prisonniers romains pour y périr l'un après l'autre par ie couteau des devins, par la flamme, ou dans de plus douloureuses tortures1. Voilà quelle était la situation de la Bretagne libre.

Dans la province, le dégoût et l'irritation du peuple contre les Romains commençaient à se manifester fortement. Les Bretons se soumettaient sans trop de murmures aux enrôlements, aux tributs, aux autres charges de l'Empire, pourvu qu'on s'abstînt de les maltraiter. Ce dernier point, ils le supportaient difficilement : assez soumis poitrêtre sujets, ils ne l'étaient point assez pour être esclaves 2. Ils conféraient secrètement entre eux sur les malheurs de leur servitude : ils se racontaient leurs griefs, ils les envenimaient par mille réflexions. « Ils ne « gagnaient rien par la patience, disaient-ils, que d'ag- « graver leurs charges, en persuadant qu'ils les suppor- « talent volontiers. Jadis ils n'avaient qu'un roi, aujour- « d'hui on leur en imposait deux, le lieutenant de « l'Empereur et son procurateur, dont l'un épuisait leur « sang, l'autre leurs biens. La discorde et la concorde a des préposés étaient également funestes aux misé- « râbles qui en dépendaient; les satellites de l'un, les « centurions de l'autre joignaient l'insulte à la vio- « lence : il n'y avait plus rien de sacré pour leur avarice, « rien pour leurs débauches. Dans les combats au moins, « c'était le plus brave qui dépouillait, ici c'étaient des « lâches pour la plupart qui, n'ayant jamais vu l'ennemi, « venaient leur enlever leurs maisons, leur arracher « leurs enfants, qui les traînaient à la guerre comme si

1. Cruore captivo adolere aras, et hominum fibris consulere deos. Tac, Ann., xiv, 30.

2. Jam domiti ut pareant, nondum ut serviaut. ld., Agric, 13.

« c'était pour sa patrie seulement que le Breton ne sût « pas mourir; et en effet, pourrait-il redouter cette « poignée de soldats, s'il daignait les compter ! Les « Germains avaient bien secoué le joug, et pourtant ils (( n'avaient qu'un fleuve et non l'Océan pour rempart, « Ce qui devait animer le courage des Bretons, c'était le « salut de leur patrie, de leurs femmes, de leurs mères, « tandis que les Romains n'avaient de motif de guerre « que leur cupidité et leurs vices : ils repartiraient « bientôt, comme était reparti leur dieu Jules César, « pourvu que les Bretons imitassent ies vertus de leurs « ancêtres *. »

Cnez les alliés des Romains, le mécontentement n'était pas moindre que parmi leurs sujets ; un incident vint le porter à son comble. Prasutag, roi des Ieènes, dont les trésors étaient immenses, avait institué l'empereur Néron son héritier, conjointement avec ses deux filles, espérant que cette marque de soumission affectueuse mettrait son royaume et sa famille hors d'insulte 2 : il se trompa. Son royaume fut saccagé par les centurions, son palais par les esclaves de l'Empereur, avec tous les excès d'une prise d'assaut. On commença par battre de verges sa femme Boudicéa 3, et par violer ses filles4; puis, comme si la contrée entière eût été comprise dans l'héritage, tous les chefs icénïens se virent

4. Recessuros ut divus Julius recessisset, modo virtutes majorum suorum œmularentur. Tac, Agric, 15.

2. Tali obsequio ratus regnumque et domum suam procul injuria fore. Id., Ami., xiv, 31.

3. Boudicéa, Bonduica, Boadica. — Ce nom paraît dérivé de Buddig, qui, en langue kimrique, signifie victoire.

4. Jam primum uxor ejus Boadicea verberibus affecta, et filiaestupro violatœ sunt. Tac, ub. supr.

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