‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 354 sur 454 · LIVRE VIII. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE III

les indigènes comme un boulevard fait pour éterniser ci leur oppression * ; et fos prêtres de ce nouveau culte, sous le prétexte de la religion, épuisaient toutes les fortunes. D'ailleurs, il ne paraissait pas difficile de détruire une colonie qui n'avait pas la moindre fortification : objet dont les généraux romains s'étaient mis peu en peine, se fiant a l'obéissance des peuples et ayant cherché l'agrément avant l'utilité.

Dans ces conjonctures, une statue de la Victoire tomba dans le temple, sans cause apparente, et se renversa en arrière, comme si elle fuyait devant l'ennemi. Des femmes, dans des accès de fureur prophétique, annonçaient une destruction prochaine ; et ce qu'on disait de cris barbares qu'on avait entendus dans la curie de Camulodunum, du théâtre qui avait retenti de hurlements, puis de l'Océan , dont les eaux s'étaient teintes de sang, de simulacres de maisons renversées, vus à l'embouchure de la Tamise, et des cadavres humains que le reflux avait laissés sur le rivage ; tous ces bruits superstitieux étaient à la fois autant de motifs d'espérance pour les Bretons, de crainte pour les vétérans. Comme Suétonius était absent et éloigné, les vétérans firent demander du secours au procurateur Décianus : lui n'envoya que deux cents hommes, mal armés, et les vétérans étaient en petit nombre. Se fiant sur les fortications du temple, et traversés par ceux des provinciaux qui, complices secrets de l'insurrection , mettaient du trouble dans les conseils, ils ne s'entourèrent ni d'un fossé, ni d'un rempart; ils ne renvoyèrent point les vieillards et les femmes pour ne garder que les per-

\. Ad haec templum, divo Claudio constitutum, quasi arx seternea domiuationis adspiciebatur. Tac, Ann., xiv, 31.

sonnes en état de combattre : endormis comme s'ils eussent été en pleine paix, ils furent enveloppés par la multitude des Bretons. Tout fut pillé et réduit en cendres ; il n'y eut que le temple, où les soldats s'étaient entassés, qui tint un jour, et fut emporté le second. De là, les insurgés victorieux marchèrent au-devant de Pétilius Cérialis, lieutenant de la neuvième légion, qui accourait au secours ; la légion fut battue, et ce qu'il y avait d'infanterie taillé en pièces. Cérialis avec la cavalerie s'enfuit dans le camp, dont les fortifications le sauvèrent. Effrayé par ce désastre et par le ressentiment de la province, que son avarice avait poussée à la guerre, Décianus repassa précipitamment en Gaule1.

Cependant Suétonius, par un effort hardi, quittant aussitôt Mona se fit jour et perça jusqu'à Londinium 2 : cette ville, sans être colonie, était l'entrepôt d'un trèsgrand commerce : un nombre considérable de trafiquants et de banquiers italiens et d'étrangers de toutes nations y vivaient sous la protection romaine. Suétonius voulait d'abord y placer le siège de la guerre ; mais envisageant la faiblesse de son armée et éclairé par le mauvais succès de Cérialis, il se résolut à sacrifier une ville pour sauver la province. La ville eut beau l'implorer ; insensible aux gémissements et aux larmes, il donna le signal du départ : seulement il emmena tous les habitants qui voulurent le suivre. Les autres, que retint la faiblesse du sexe ou de l'âge, ou l'amour du pays, furent la proie des insurgés. Vérulam 3, municipe romain, eut aussi le même sorl ; car les Bretons, avides de recon-

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