LIVRE VIII. — CHAPITRE III
quérir d'abord l'argent enlevé sur eux par tant de vexa- 6i tions, laissaient les places fortes pour s'attacher aux lieux opulents et ouverts. Il périt dans les divers cantons soixante-dix mille hommes1, tant citoyens romains qu'étrangers et provinciaux restés fidèles aux Romains. Les Bretons ne voulaient, ni faire ni vendre de prisonniers, ni entendre parler d'aucun échange ; ils tuaient, pendaient, brûlaient, crucifiaient tout: dans l'idée que l'ennemi leur rendrait bientôt ces supplices, ils se hâtaient de prendre les devants et ils précipitaient leurs vengeances 2.
Déjà Suétonius, avec la quatorzième légion, les vexillaires de la vingtième, les auxiliaires des environs, avait formé un corps d'à peu près dix mille hommes, lorsque, sans différer, il se disposa à livrer bataille. Il se posta à l'entrée d'une gorge étroite, dont les derrières étaient fermés par un bois, bien sûr de n'avoir d'ennemis qu'en front, sur une plaine découverte où il n'y avait point de surprise à craindre. Les légionnaires, en masse compacte, furent placés au centre; tout autour les troupes légères : la cavalerie se resserra sur les ailes. Les Bretons au contraire couraient tumultuairement, les bataillons se confondant au hasard avec les escadrons ; jamais ils n'avaient rassemblé de si grandes forces ; et tel fut l'excès de leur confiance, que, voulant avoir leurs femmes pour témoins de leur victoire, ils les traînèrent aussi avec eux, et les placèrent sur les chariots, dont ils avaient bordé les extrémités de la plaine 3.
Boudicéa avait ses deux filles en face d'elle sur son
1. Ad septuaginta millia civium et sociorum. Tac, Ann., xiv, 33.