LIVRE VIÏI. — CHAPITRE III
malgré le génie de son chef, l'illustre et malheureux 84 Galgac1. Toutefois, les Galls ne furent point soumis; et la frontière de la province, marquée par une ligne de forts, puis par une muraille construite entre l'embouchure de la Tyne et le golfe de Solvay2 ne fut reculée que plus tard jusqu'au Forth et à la Clyde 3. Mais les Galls des monts Grampiens, les Calédoniens et les Albans ne reconnurent jamais de maîtres et ne courbèrent point la tête sous les faisceaux de l'Empire ; l'Hibernie aussi resta libre.
Les mesures tour à tour violentes et douces appliquées par Auguste et par Claude à la Gaule, la Bretagne les éprouva, et en sortit telle que Rome la voulait. Les prédécesseurs d'Agricola avaient épuisé la rigueur ; la part des mesures humaines lui restait, et elle convenait à son caractère. Les Bretons vivaient dispersés, dans l'état de sauvages, toujours voisin de l'état de guerre; pour les accoutumer à la paix et au repos par les plaisirs, il les engagea à construire des temples, des places publiques, des maisons; et il y réussit par des exhortations particulières, par quelques avances de deniers publics, en louant l'activité des uns, en reprochant aux autres leur inaction. Les rivalités de gloire lui tenaient lieu de contrainte. Il ne manqua pas non plus de faire instruire dans les beaux-arts les enfants des chefs, leur insinuant qu'il préférait aux talents acquis des Gaulois l'esprit naturel des Bretons. Ceux-ci répugnaient d'abord à étudier la langue latine, bientôt ils se piquèrent de la parler avec grâce. Ils adoptèrent ensuite les manières ro-